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Scènes (2)

Chapitre 2 — Le Prince Reconnaissant

1. Le Réveil

La nuit tombée...

L'homme blessé finit par se réveiller.

À peine avait-il ouvert les yeux que le soldat en fut aussitôt informé, et se précipita à son chevet sans attendre.

L'homme laissa échapper un long bâillement... puis s'étira, encore à moitié perdu dans ses pensées.

Quand Grastos entra dans la maison, l'homme parla d'une voix lasse :

— Ah, Grastos... J'ai fait un rêve étrange.

Il se frotta les yeux.

— J'ai rêvé qu'un ours avait failli me dévorer, en pleine nuit...

Il regarda autour de lui, surpris.

— Attends... où sommes-nous, Grastos ?

À ces mots, Grastos tomba aussitôt à genoux.

— Je vous présente mes plus humbles excuses, Votre Altesse...

— Je crains que ce n'était pas un rêve. Vous avez véritablement failli perdre la vie, à cause de cet ours.

Sa voix trembla légèrement.

— Après l'avoir tué, nous vous avons emmené dans ce village pour soigner vos blessures.

— Vos hommes n'ont pas su vous protéger... Nous accepterons toute punition que vous jugerez nécessaire.

Le prince resta silencieux un moment...

Puis il laissa échapper un doux soupir.

— Waouh... détends-toi, Grastos.

Un sourire léger apparut sur son visage.

— Je te l'ai déjà dit, entre nous, on peut se parler comme des amis.

Il secoua doucement la tête.

— Je ne t'en veux pas. Si je me souviens bien... cet ours nous a attaqués dans le noir.

Il haussa les épaules.

— Et entre un homme... et un ours... qui gagne ?

Un petit rire lui échappa.

— Soyons raisonnables.

Grastos baissa la tête.

— Mais tout de même...

Le prince leva la main pour l'interrompre.

— Je vais bien. C'est tout ce qui compte.

Il posa une main sur sa poitrine.

— Même si mes cicatrices resteront probablement pour la vie...

Il s'arrêta net.

Son regard changea.

Il observa son corps.

Encore.

Puis une troisième fois.

Ses yeux s'écarquillèrent.

— Je... je n'ai aucune cicatrice...

Grastos releva la tête.

— À ce sujet...

Dehors, les villageois attendaient, anxieux.

Puis soudain...

La porte s'ouvrit à la volée.

L'homme et Grastos sortirent rapidement de la maison.

Grastos s'approcha du prince, visiblement nerveux.

— Nous devons éclaircir cette affaire, Votre Altesse.

— Nous devons convoquer des prêtres de l'Église, pour déterminer—

— SILENCE !

La voix du prince claqua, tranchante.

Tout le monde se figea.

Le prince fusilla Grastos du regard, furieux.

— Comment oses-tu enfermer comme un animal...

— ...la personne à qui je dois la vie ?

Un lourd silence s'installa.

Sa voix se fit plus intense.

— Elle m'a sauvé.

— Moi... le prince héritier du royaume de Britania.

Il serra les poings.

— Sans même savoir qui j'étais... elle a risqué de révéler son secret...

— ...sachant que l'Église pourrait s'en mêler.

Son regard se durcit.

— Et au lieu de la remercier comme elle le mérite... vous l'enfermez entre quatre planches ?

Il planta son regard dans celui de Grastos.

— Ma vie vaut-elle si peu, Grastos ?

Grastos baissa aussitôt la tête.

— Je vous en prie, pardonnez-moi... Je n'ai pas réfléchi clairement, sur le moment.

Le prince prit une profonde inspiration.

Puis déclara, avec calme :

— Emmène-moi à elle.

Un silence suivit.

— Je veux rencontrer ma bienfaitrice.

2. La Libération

Guidé par ses hommes, le prince traversa le village.

La nuit était tombée.

La lumière de la lune éclairait faiblement les chemins de terre.

Enfin...

Ils arrivèrent devant la petite cabane.

Le prince s'arrêta.

— Ouvrez la porte... et faites-la sortir.

Un soldat déverrouilla la porte.

Elle grinça, lentement...

Et Astaria sortit.

Le prince l'observa en silence.

Une jeune femme d'une grande beauté.

Ses longs cheveux blonds tombaient délicatement sur ses épaules.

Elle portait une simple robe blanche.

Ses yeux, aux pupilles brunes... semblaient presque dorés sous le clair de lune.

Le prince s'approcha légèrement.

— Bonsoir, mademoiselle.

Sa voix était calme.

— Quel est le nom de ma bienfaitrice ?

Astaria inclina légèrement la tête.

— Je m'appelle Astaria Rusler.

Le prince sourit doucement.

— Astaria... c'est un très beau nom.

Il posa une main sur sa poitrine.

— Permettez-moi de me présenter. Je suis Jace Lester.

Astaria répéta doucement :

— Jace... Lester...

Soudain, elle comprit.

Ses yeux s'écarquillèrent.

Elle tomba aussitôt à genoux.

— Pardonnez mon insolence !

— Je ne savais pas que je me trouvais devant le prince héritier !

Jace leva immédiatement la main.

— Relève-toi, Astaria.

Sa voix était douce... mais ferme.

— Je ne peux pas permettre que celle qui m'a sauvé la vie s'incline devant moi.

Il baissa légèrement la tête.

— C'est à moi de m'excuser, pour les actes de mes hommes.

Son regard se fit sérieux.

— Enfermer comme un chien celle qui m'a sauvé la vie... n'est pas digne d'un prince.

Astaria se releva lentement.

Le prince l'observa attentivement.

— Quel est ce pouvoir, Astaria ?

Il fronça légèrement les sourcils.

— Est-ce par magie que tu as guéri mes blessures ?

Astaria secoua doucement la tête.

— Je ne pratique aucune magie, Votre Altesse.

Jace parut intrigué.

— Alors... comment as-tu fait ?

Astaria hésita un instant.

Puis répondit calmement :

— Je possède ce don depuis longtemps...

— Je ne sais pas exactement depuis quand... mais depuis que je suis toute petite.

Elle baissa légèrement le regard.

— Je ne l'avais jamais montré à personne... jusqu'à aujourd'hui... par peur des conséquences.

Jace resta silencieux quelques instants.

Puis hocha lentement la tête.

— Je vois...

Un léger sourire apparut sur son visage.

— Je te crois, Astaria.

Il se redressa.

— Viens.

Sa voix se fit plus chaleureuse.

— Allons manger.

Puis il ajouta :

— Aujourd'hui... tu seras honorée pour ton acte.