~7 min de lecture
Scènes (3)

Chapitre 3 — Le Souhait d'une Sainte

1. La Taverne

Ils passèrent la soirée dans une petite taverne du village.

Les gens discutaient à voix basse, autour de grandes tables en bois.

Même le chef du village était présent, accompagné de quelques invités... dont la tante d'Astaria et ses cousins.

La lumière des chandelles éclairait doucement la salle, donnant à la soirée une atmosphère chaleureuse, presque paisible.

Le prince observait Astaria avec curiosité.

Puis il prit la parole :

— Parle-moi un peu plus de toi, Astaria. J'aimerais mieux te connaître.

Astaria baissa légèrement le regard.

— Je crains que ma vie ne présente que peu d'intérêt pour vous, Votre Altesse.

Jace eut un léger sourire.

— On peut parler de tout et de rien. Même un prince comme moi trouve de l'intérêt dans les choses les plus simples.

Il haussa légèrement les épaules.

— Il n'est pas toujours question de conquête ou de richesse.

Astaria prit une douce inspiration.

Puis elle commença à parler.

— Mon père est mort avant ma naissance. Il faisait partie des hommes choisis dans ce village pour combattre les Nédériens, lors de la dernière guerre.

Sa voix se fit plus douce.

— Il n'est jamais revenu.

Un bref silence suivit.

— Ma mère... est morte quand j'avais trois ans... de la Peste Noire.

Elle joignit les mains.

— J'ai été adoptée par son frère... mais lui aussi nous a quittés, il y a cinq ans... quand j'avais treize ans.

Elle releva légèrement les yeux.

— Je vis maintenant avec ma tante... et je l'aide chaque jour, du mieux que je peux, dans diverses tâches.

Jace hocha lentement la tête.

— C'est une histoire touchante. Tu as traversé bien des épreuves.

Il l'observa attentivement.

— Malgré tout cela... tu sembles être quelqu'un de plein de compassion pour les autres.

Astaria eut un petit sourire.

— C'est simplement comme ça que je suis... j'aime aider.

Elle posa une main sur sa poitrine.

— J'aime aider, chaque fois que je le peux. Je veux être utile aux autres.

Sa voix se fit presque un murmure.

— J'aime l'unité... j'aime l'amour... je ne souhaite que la paix, partout.

Un silence respectueux emplit la table.

Puis Jace reprit la parole, avec un léger sourire :

— Tu es remarquable.

Il marqua une pause.

— As-tu un fiancé, Astaria ?

Astaria secoua doucement la tête.

— Non, Votre Altesse. Je ne suis promise à personne.

Jace parut surpris.

— Je suis étonné qu'une jeune femme aussi belle que toi... ne soit fiancée à personne.

Soudain, la tante d'Astaria intervint avec empressement :

— Si elle vous plaît tant que ça, Votre Altesse... pourquoi ne pas la prendre ? Elle est très capable... et obéissante...

Un lourd silence tomba sur la salle.

Jace tourna lentement la tête vers elle.

Son regard s'assombrit.

— Est-ce moi... ou ai-je bien entendu le mot « obéissante » ?

La tante hésita.

Sa voix trembla.

— Non... je... je voulais dire serviable... j'ai mal choisi mes mots...

Jace resta silencieux quelques instants.

Puis il détourna lentement le regard.

— Je vois...

Il se retourna vers Astaria.

— Dis-moi une chose, Astaria.

Sa voix se fit plus sérieuse.

— Ta tante... comment est-elle, au quotidien ?

Astaria hésita légèrement.

— C'est une femme très occupée par ses devoirs de mère... qui travaille dur pour nourrir sa famille... en tant que veuve.

La tante hocha vivement la tête.

— C'est exactement ça !

Mais Jace secoua lentement la tête.

— Non... ce n'est pas ce que je te demande.

Il planta son regard dans celui d'Astaria.

— Laisse-moi reformuler...

Sa voix devint froide.

— Est-elle violente envers toi ?

Un lourd silence tomba sur la table.

Astaria regarda sa tante.

La femme baissa aussitôt la tête.

Puis Astaria regarda le prince.

Elle resta calme... mais baissa lentement les yeux.

Elle ne pouvait pas mentir.

Mais elle ne pouvait pas non plus accuser sa tante.

Jace observa son silence.

Puis murmura :

— Je vois plus clairement, à présent...

Il se tourna légèrement.

— Grastos—

Mais Astaria prit aussitôt la parole :

— Je vous en prie, Votre Altesse !

Sa voix était douce... mais pressante.

— Ma tante a peut-être un tempérament difficile... mais il est très difficile, pour une femme, d'élever des enfants seule...

Elle prit une profonde inspiration.

— Surtout dans un village pauvre comme le nôtre... exposé à tant d'insécurité...

Elle joignit les mains.

— L'accumulation des épreuves peut parfois mener à des situations regrettables...

Sa voix trembla légèrement.

— Je vous en prie, ne la punissez pas...

2. Le Souhait

Un lourd silence emplit la pièce.

Jace observa Astaria.

Puis il regarda autour de la salle.

Enfin, il parla, avec calme :

— Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi bon... et généreux que toi, Astaria.

Il prit une profonde inspiration.

— Je ne prendrai aucune mesure, dans cette affaire.

Un soulagement discret passa dans la salle.

Puis Jace poursuivit :

— Maintenant, dis-moi... ce que tu désires.

Il se redressa légèrement.

— Si cela est en mon pouvoir... je te l'accorderai.

Sa voix se fit solennelle.

— De l'or... de l'argent... des chevaux... la gloire...

— ...ou même... faire de toi la reine de ce royaume...

Il la regarda droit dans les yeux.

— Quel est ton souhait, Astaria ?

Un silence suivit.

Quelques secondes passèrent.

Puis Astaria répondit calmement :

— Je ne désire ni la gloire... ni la richesse... ni le pouvoir.

Elle releva lentement les yeux.

— Vivre parmi mon peuple... et l'aider chaque jour... me suffit amplement.

Elle marqua une pause.

— Cependant... l'usage de mon don... pourrait être découvert.

Sa voix se fit inquiète.

— Si cela arrivait... cette vie paisible me serait sûrement retirée... par l'Église... ou d'autres forces extérieures.

Elle prit une profonde inspiration.

— Je ne désire qu'une seule chose...

Elle regarda le prince.

— Rester ici... et continuer d'aider mon peuple.

Jace la regarda longuement.

Puis murmura :

— Une fois de plus... tu fais preuve d'humilité.

Il se leva soudainement.

Toute la salle se tut.

Sa voix se fit ferme.

— Répétez mes paroles à tous les villageois... cela s'applique aussi à mes hommes.

Il balaya la salle du regard.

— Que tous ceux présents dans ce village, aujourd'hui... oublient ce qu'ils ont vu.

Un silence tendu suivit.

— Si la moindre rumeur sur son don venait à se répandre...

Sa voix devint glaciale.

— J'en ferai payer les conséquences à tous les présents, ici même.

Puis il se tourna vers la tante d'Astaria.

— Quant à vous...

Son regard se durcit.

— Cessez immédiatement tout mauvais traitement envers elle.

Il marqua une pause.

— Sinon... je vous ferai inculper pour lèse-majesté.

La tante blêmit aussitôt.

Puis Jace ajouta :

— Et en raison de l'humilité d'Astaria...

Il regarda autour de lui.

— Je garantirai à ce village le soutien de la famille royale... pour améliorer les conditions de vie de ses habitants.

Un murmure de surprise parcourut la salle.

3. Le Départ

Le lendemain matin...

Le prince et ses hommes se préparèrent à partir.

Le soleil venait à peine de se lever.

Monté sur son cheval, Jace regarda Astaria une dernière fois.

Astaria inclina légèrement la tête.

— Merci, Votre Altesse... pour votre bonté.

Sa voix était sincère.

— Grâce à vous... les habitants de ce village auront une vie meilleure.

Jace eut un léger sourire.

— Le mérite te revient, Astaria.

Il prit une profonde inspiration.

— Je me souviendrai toujours de toi.

Sa voix s'adoucit.

— Je te le promets.

Il releva légèrement la tête.

— Prends soin de toi...

Puis il ajouta, avec un sourire mystérieux :

— Qui sait ?

— Peut-être que l'avenir nous réserve des surprises.

Sur ces mots...

Le prince Jace Lester et ses hommes quittèrent le village.

Le bruit des sabots s'estompa peu à peu...

Laissant derrière eux un village... qui ne serait plus jamais tout à fait le même.

Après le départ du prince...

La tante d'Astaria ne prononça pas un seul mot.

Elle rentra simplement chez elle, le visage fermé.

À partir de ce jour-là, même si personne n'en parlait ouvertement...

Astaria fut désormais perçue d'un œil bien différent.

Certains continuaient à lui parler comme avant.

Ils continuaient à solliciter son aide...

...ou échangeaient simplement quelques mots avec elle.

Mais d'autres...

Se mirent à la regarder avec méfiance.

Sa tante et ses cousins, par exemple, l'observaient désormais avec une peur silencieuse.

Malgré cela...

Les mauvais traitements cessèrent.

Plus personne n'osait lever la main sur elle.

Quelques semaines plus tard...

Des changements commencèrent à apparaître dans le village.

Des marchands se mirent à emprunter les routes voisines.

Des provisions arrivèrent, sur ordre royal.

Peu à peu...

L'économie du village se redressa.

Les difficultés diminuèrent.

Le peuple retrouva espoir.

Et pour la première fois depuis longtemps...

La vie semblait s'améliorer.

Pour tout le monde.