Chapitre 6 — Le Miracle du Roi
1. Retrouvailles
Les sombres visions devant elle lui brisaient le cœur.
Elle détestait voir de telles choses...
Et encore plus, maintenant.
C'était la première fois qu'elle assistait à tant de souffrance rassemblée en un seul lieu.
Les malades.
Les mourants.
Des corps recouverts de draps.
Chaque rue semblait porter le poids du désespoir.
Ils se dirigèrent rapidement vers le palais royal.
À l'entrée...
Reiness présenta la lettre royale.
Après vérification, Astaria fut autorisée à entrer.
Elle fut conduite dans un salon élégant...
Mais étrangement silencieux.
L'air, à l'intérieur, était lourd.
Comme si même les murs retenaient leur souffle.
Après quelques instants...
La porte s'ouvrit.
Un homme entra.
Sa carrure était imposante.
Ses cheveux noirs étaient en partie teints d'un dégradé blond.
Sa silhouette lui était familière.
Très familière.
C'était le prince héritier...
Jace Lester.
Un sourire sincère apparut sur son visage.
— Ma dame... non.
Il laissa échapper un doux rire.
— Dame Astaria...
Il posa une main sur sa poitrine.
— Comme je suis heureux de te revoir, après tout ce temps !
Astaria s'inclina aussitôt, profondément.
— C'est également un honneur, Votre Altesse.
Elle baissa la tête.
— Je suis heureuse de vous revoir aussi.
Jace soupira doucement.
— Allons... pourquoi tant de formalités ?
Il sourit légèrement.
— Aurais-tu oublié que nous avons déjà partagé une table ?
Puis il l'observa attentivement.
— Et je vois que tu es encore plus belle que la dernière fois.
Astaria baissa le regard, légèrement troublée.
— Merci pour vos compliments...
Sa voix était douce.
— Cela compte beaucoup pour moi, Votre Altesse.
Mais le sourire de Jace s'effaça lentement.
Son expression devint sérieuse.
— J'aimerais m'attarder sur le passé...
Il prit une profonde inspiration.
— Mais ce n'est pas pour cela que je t'ai convoquée en urgence.
Son regard s'assombrit.
— Comme tu l'as vu... la peste a ravagé les rues de la capitale.
Il serra les poings.
— Le désespoir règne parmi le peuple.
Il marqua une pause.
— Et il y a quelques jours...
Sa voix trembla légèrement.
— Le roi... mon père... a été frappé par cette maladie.
Un silence tomba.
— Malheureusement... personne ne peut le sauver.
Il baissa légèrement la tête.
— Je suis désolé de t'impliquer dans tout cela...
Il releva les yeux.
— Parce que je sais que tu souhaites vivre en paix.
Sa voix se fit plus ferme.
— Mais je ne peux pas laisser mon père mourir, maintenant.
Il prit une profonde inspiration.
— Le royaume est instable...
— Et sa mort pourrait provoquer une catastrophe.
Il regarda Astaria droit dans les yeux.
Puis dit, avec une sincérité totale :
— J'ai besoin de ton don... pour sauver le roi.
Astaria resta silencieuse quelques secondes.
Puis hocha doucement la tête.
— Je comprends, Votre Altesse...
Elle prit une lente inspiration.
— Vos souhaits sont des ordres.
Jace hocha la tête.
— Bien.
Puis il ajouta :
— Suis-moi, je te prie.
2. La Chambre Royale
Jace la conduisit jusqu'à la chambre royale.
Avant d'entrer...
Il enfila un masque à bec.
Puis en offrit un à Astaria.
Mais elle secoua doucement la tête.
— Ce ne sera pas nécessaire.
Jace la regarda un instant...
Mais ne dit rien.
Ils entrèrent.
La pièce était remplie de monde.
Des membres de l'Église.
De hauts nobles.
Des médecins.
Tous portaient des masques à bec.
Tous attendaient.
Tous observaient.
Comme si l'Histoire elle-même s'apprêtait à se dérouler devant eux.
Le roi était allongé sur son lit.
Très affaibli.
Son corps était immobile.
Seule sa tête bougeait encore, légèrement.
Le cœur d'Astaria se mit à battre plus vite.
Face à tant de personnalités importantes...
Elle ne savait comment se comporter.
Qui saluer ?
Comment les saluer ?
Elle prit une profonde inspiration.
Puis s'inclina respectueusement.
— Je vous salue tous... membres des hautes instances de ce royaume...
Elle releva légèrement la tête.
— Et vous aussi... envoyés du Divin.
Sa voix trembla légèrement.
— Je m'appelle Astaria Rusler...
Elle prit une nouvelle inspiration.
— Et j'ai été invitée par le prince, pour guérir le roi de la peste.
Une voix froide retentit alors.
— Merci pour vos salutations.
Un homme de haute stature s'avança légèrement.
Le duc Ralvi.
— Pourquoi ne portez-vous pas de masque ?
Sa voix était étouffée par le bec de cuir.
Astaria répondit calmement :
— Parce que je ne crois pas que ce soit nécessaire.
Un murmure parcourut la salle.
Puis une autre voix, plus tranchante, intervint.
— Dépêchez-vous de faire ce que vous devez faire.
C'était le prêtre Karl.
— Ne voyez-vous pas que les jours du roi sont comptés ?
Astaria s'approcha timidement du lit.
Le roi tourna lentement la tête vers elle.
Elle s'inclina doucement.
— Si vous me le permettez... Votre Majesté ?
Elle prit sa main.
Elle tremblait.
Mais la main du roi tremblait, elle aussi.
Son cœur battait vite.
Très vite.
Elle resta immobile quelques secondes.
Puis...
La voix faible du roi s'éleva.
— N'aie pas peur... mon enfant...
Astaria releva lentement les yeux.
— Si mon fils t'a amenée ici...
Il peinait à respirer.
— C'est parce qu'il te faisait confiance...
Il la regarda avec douceur.
— Alors... ne le déçois pas...
3. Le Miracle
Astaria prit une profonde inspiration.
Une fois.
Puis une seconde fois.
Elle ferma les yeux.
Et se calma.
Puis...
Une lumière dorée commença à briller entre ses mains.
Faible, au début.
Puis plus forte.
Ses cheveux blonds s'illuminèrent.
Et se mirent à flotter dans les airs.
La lumière emplit la pièce sombre.
Elle repoussa les ombres.
Elle aveugla tous ceux qui la regardaient.
Personne ne parlait.
Personne ne bougeait.
Tous étaient figés.
Stupéfaits.
Le prince héritier...
Observait la scène, émerveillé.
Comme la première fois.
Puis...
La lumière s'estompa lentement.
Et disparut.
Tous les regards se tournèrent aussitôt vers le roi.
Son visage...
Avait changé.
Plus aucune trace de la maladie.
Plus aucune marque de peste.
Le silence devint absolu.
Puis...
Le roi se redressa.
Seul.
Sans aide.
Le médecin royal se précipita aussitôt vers lui.
Il l'examina.
Sa respiration devint irrégulière.
Ses mains tremblaient.
— Je dois avoir des hallucinations...
La reine s'approcha rapidement.
— Alors ?!
Le médecin déglutit péniblement.
— Elle a disparu...
Sa voix tremblait.
— Complètement...
Il releva la tête.
— Enfin... je crois.
Il se tourna vers le roi.
— Comment vous sentez-vous, Votre Majesté ?
Le roi prit une profonde inspiration.
Puis déclara, d'une voix forte :
— Je me sens parfaitement bien !
Il serra les poings.
— Je pourrais me rendre sur un champ de bataille, à l'instant même...
Un sourire fier apparut sur son visage.
— Et affronter les Yelaziens !
Un silence total emplit la pièce.
Personne...
N'osait parler.
Personne...
N'osait respirer.
Tous venaient d'être témoins...
D'un miracle.