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Scènes (3)

Chapitre 10 — Le Portrait

1. Retour au Manoir

Ida fit alors demi-tour, et décida de marcher jusqu'à la sortie.

Après plusieurs minutes de marche, il atteignit enfin le portail, déjà ouvert. Il sortit, et se tint sur la route vide, au milieu des arbres.

Après un long moment, debout, à réfléchir, il décida de faire demi-tour, et de rentrer au manoir.

Lorsqu'il arriva, les servantes le regardaient d'un œil noir. Le chauffeur, assis, le fixait également. Alfred l'attendait.

— Vous avez changé d'avis, monsieur ?

— C'est bien joué, de m'avoir amené ici, au milieu de nulle part, là où je n'ai aucun endroit où aller.

— Ce n'était pas notre intention, monsieur.

— Peu importe. C'est quoi, la suite ?

— Je vais vous montrer votre chambre.

Alfred le guida à travers les grands couloirs vides du manoir.

— C'est grand, dit Ida.

— Mais vide.

Ils arrivèrent devant une grande porte.

— C'est ici.

— Vous allez m'enfermer ?

Alfred ne répondit pas.

2. La Chambre

Ida finit par entrer dans cette grande chambre de luxe. La garde-robe était pleine. Les tiroirs, pleins. Rien n'y manquait.

Après un moment à ne rien faire, il finit par s'ennuyer, et décida de visiter le manoir.

C'était grand — si grand qu'on pouvait s'y perdre. Mais une chose lui sauta aux yeux : le manque de vie. C'était calme — et contrairement à l'idée qu'il se faisait d'un manoir de nobles, l'endroit était totalement vide. Hormis les deux servantes, le chauffeur et le majordome, Ida n'avait croisé personne d'autre.

La solitude se mit à l'envahir, fortement. Un malaise, face à ces espaces immenses et silencieux, commença à le gagner.

3. Le Portrait

Après un moment de marche, il s'arrêta devant un grand tableau : une petite fille, aux longs cheveux blancs, assise sur une grande chaise.

— Il s'agit de mademoiselle, dit Alfred. C'est le jour où elle a fêté ses onze ans.

— Vous me suivez ?

— Je passais par là.

Ida se remit à observer le tableau.

— Elle avait les cheveux longs...

Puis il se tourna vers Alfred :

— J'ai entendu dire que, chez les Luminariens, se faire couper les cheveux est une punition. Qu'a-t-elle fait, pour mériter ça ?

Il se retourna vers le tableau.

— Sa simple existence est la cause de sa punition, dit Alfred.

Ida se tourna brusquement vers lui.

— Je ne suis pas sûr de bien comprendre.

— Malheureusement, par respect pour mademoiselle, je ne peux en dire plus. Sachez cependant qu'elle a beaucoup souffert, dans sa vie — plus que vous ne l'imaginez. Peut-être pas autant que vous ; je l'ignore. Mais je vous en prie, ne soyez pas dur avec elle. Son sourire est la seule chose qui illumine ce manoir. Elle n'a que de bonnes intentions à votre égard.

Ida resta silencieux, saisi de culpabilité, puis regarda de nouveau le tableau.