Chapitre 12 — Le Conseil
1. Le Conseil Nilorien
Ida se releva, inspecta son bras gauche, puis dit :
— C'est lui, le fameux Pensal dont tu parlais ce matin ?
— Il s'appelle Pensal Yem. Deuxième membre du Conseil nilorien.
— Le Conseil devrait virer ce type, ainsi que ces femmes. Ils n'ont rien de gens dignes d'occuper des postes administratifs. Et j'ai vu plus beau, comme pouvoir de guérison.
— Nilor est régi par le Conseil, et Nilor doit son existence actuelle au Conseil — surtout à messire Pensal.
— Lui ? J'en doute.
— Le Conseil actuel a été élu il y a environ trois cents ans, juste après la guerre des Immortels.
— La guerre des Immortels ?
— Oui. C'est un sujet dont je te parlerai plus tard.
Elle marqua une pause, puis reprit :
— Le Conseil ne compte que six membres, dont nous venons de voir trois, à l'instant. Depuis sa fondation, ce sont eux qui ont permis à Nilor de survivre face aux défis et aux catastrophes qui ont marqué l'histoire de ce monde — en particulier messire Pensal, qui en était le cerveau. Ses actions sont toujours mûrement calculées, ses plans, parfaits. Nilor est un endroit de paix, sans discrimination, sans jugement, une terre de refuge — mais aussi un territoire neutre, et cela, grâce à eux. Ils ont su tenir tête aux empires, durant les siècles précédents, et ont prouvé que les attaquer est une très mauvaise idée.
— C'est assez impressionnant, vu comme ça. Mais je ne les porte pas dans mon cœur, lui, et cette femme... sexy.
2. Dame Elay et Dame Dialde
Mireille éclata de rire.
— Quoi ? dit-il.
— Sexy ?
— Je ne sais pas. J'avoue qu'elle n'était pas mal. Mais mon corps la désirait, alors que j'essayais, moi, de ne pas la désirer.
— Dame Elay est réputée pour faire tomber les hommes, grâce à son Héritage de la Séduction. Et en politique, ça peut être une arme.
— Et l'autre, qui ressemblait à un Domos ?
— Dame Dialde ? Elle est très gentille. Et surtout très calme.
— Elle avait l'air d'être à bout.
— Moi, je l'ai trouvée normale.
— C'est pas ce que j'appelle une personne normale...
Il s'interrompit soudain.
— Attends, ça me revient. À Tare, on m'a montré plein de portraits de Gardiens. Et il y avait ces trois personnes, là-bas.
3. Les Gardiens
— Tous les membres du Conseil nilorien sont des Gardiens, dit Mireille.
— Oui ! Je n'y avais pas prêté attention. Donc les Gardiens dirigent Nilor.
— Bien qu'ils soient des Gardiens, ils sont surtout concentrés sur leur rôle au sein du Conseil. Ça arrive qu'ils reprennent leur rôle de Gardiens, mais seulement dans les cas critiques.
— Ça veut dire que ces trois personnes sont costaudes ?
Il le dit avec une sueur froide.
— Pourtant, ils avaient l'air banals.
Mireille rit encore.
— Tu as encore jugé avant de connaître.
À ces mots, Ida se souvint de tout ce qu'il avait dit à Mireille, plus tôt, et se mit à culpabiliser. Il resta calme, quelques secondes, jetant des regards de côté, avant de parler enfin.
4. La Promesse
— Au fait... Je tenais à m'excuser, pour ce que je t'ai dit tout à l'heure. Je t'ai jugée avant de te connaître. Et je t'ai sûrement blessée, alors que tu cherchais à m'aider. J'avais pourtant fait une promesse à un ami, celle d'apprendre à connaître ceux qui viennent de l'Union. S'il me voyait aujourd'hui, il serait certainement déçu que je n'aie pas tenu ma promesse.
Mireille le regarda un moment, avant de répondre, sans détour :
— Je ne te pardonne pas.
— Quoi ?
— Je ne te pardonne pas. Tu m'as blessée, et je suis toujours en colère contre toi.
— Ah... Tu le dis si franchement.
— N'est-ce pas ce que tu m'as fait, à moi ?
— Alors je n'obtiendrai jamais ton pardon ?
Mireille détourna le regard vers la fenêtre, puis répondit :
— Je ne sais pas.
— Je vois..., dit-il, d'un air triste. Je l'ai bien mérité, de toute façon.
Mireille lui jeta un regard, du coin de l'œil, puis ajouta :
— Mais je te laisse une chance de te racheter. Aujourd'hui, je suis de très bonne humeur.
— Ah, c'est génial, alors. Que dois-je faire ? Me faire fouetter ? M'isoler ?
Mireille se tourna subitement vers lui, un regard inquiet sur le visage.
— Non !
— Quoi, alors ?
— Promets-moi une chose.
— Quoi donc ?
— Désormais, tu ne jugeras plus avant de connaître.
— C'est tout ?
— C'est tout.
— Je m'attendais à pire.
— Je ne suis pas un monstre. Si tu tiens ta promesse, alors je te pardonnerai. Et peut-être que ton ami aussi.
— Faudrait déjà qu'il l'apprenne.
— Je pourrais le lui dire, si je le croise.
Ida se souvint alors du contact que Stef lui avait donné.
— Attends. J'ai un moyen de le retrouver.