Chapitre 3 — Eldra
1. Elene Wattson
Après s'être enfoncée dans Era, Johanna finit par rétracter son armure. Elle sortit les documents que Stef avait préparés pour elle : une grosse somme d'argent, et une nouvelle carte d'identité, au nom d'Elene Wattson, née à Eucarion, avec son visage dessus. Tout était plausible — d'autant que son apparence rappelait celle des gens originaires d'Eucarion.
Elle entra dans un hôtel modeste, et se dirigea vers la réception.
— Bonjour, j'aimerais une chambre, pas trop chère, dit Johanna.
Le réceptionniste répondit :
— Bien sûr.
C'était un jeune homme, qui paraissait avoir entre dix-sept et dix-huit ans.
— Puis-je avoir votre carte d'identité ?
Johanna la lui tendit.
— Mademoiselle... Elene Wattson... Pour combien de temps allez-vous rester ?
— Mettez d'abord pour une nuit.
Pendant qu'il l'enregistrait, elle reprit la parole :
— Je cherche un appartement plutôt abordable. Je suis étudiante — donc rien de très cher. Tout me convient.
— Je vois. Dans ce cas, cela tombe bien, je connais un endroit. Si vous le souhaitez, je pourrais vous donner l'adresse.
— Je suis nouvelle ici. Je préférerais que vous m'y guidiez vous-même, monsieur...
Elle jeta un œil au prénom cousu sur sa chemise.
— ... Obb. Et j'aimerais également que vous me montriez certains endroits que je pourrais fréquenter habituellement — un centre commercial, un café, ce genre de choses.
— Je vois. C'est faisable — mais seulement en dehors de mes heures de travail. Si demain vous convient, je ne serai pas de service. Je vous attendrai au parking.
— Oui, merci.
Obb lui donna sa clé, et elle monta dans sa chambre.
Alors qu'elle s'en allait, Obb remarqua immédiatement son sac — celui d'où se déployait son armure. Mais il ne dit pas un mot.
2. La Fille aux Yeux Gris
De l'autre côté de la ville, Ingene continuait de fuir. Grâce à ses yeux, il parvenait à ne pas se faire attraper — mais pas à les semer.
De son côté, Ida marchait à pas de tortue, souffrant le martyre à cause de ses blessures encore ouvertes. Il avançait dans les rues d'Era sans équilibre, heurtant quelques passants — jusqu'à bousculer une personne qui observait un étalage. Celle-ci le regarda.
Ida entra dans une petite ruelle, sombre et vide, et s'effondra, assis. La personne le suivit dans la ruelle.
Il leva les yeux, et vit cette silhouette debout devant lui — une fille, en tenue civile, les cheveux courts et blancs, les yeux gris posés sur lui.
— Magnifique, dit Ida.
Puis, après avoir prononcé ces mots, ses yeux se fermèrent, et il perdit connaissance.
3. Eldra
La journée passa, et le soir tomba.
Ingene continuait de fuir les forces de l'ordre qui le traquaient. Épuisé, il décida de se cacher dans une maison — une grande bâtisse, plutôt luxueuse, dont une fenêtre du rez-de-chaussée était restée ouverte. Il fonça, entra, et referma la fenêtre derrière lui.
Puis il tourna la tête, et vit cette femme — en débardeur et culotte, les yeux bandés, un bol de pop-corn dans les mains, une télécommande, un jus et une peluche à ses côtés, les cheveux violets — qui le regardait.
Effrayé à l'idée qu'elle crie pour alerter le voisinage, il fonça vers elle à toute vitesse, pour la bâillonner.
À l'extérieur, on entendit des bruits étranges venant de la maison. Les forces de l'ordre qui patrouillaient s'arrêtèrent, et toquèrent à la porte.
La porte s'ouvrit. C'était la femme.
Les officiers la reconnurent aussitôt.
— Bonsoir, madame Eldra, dit l'un d'eux, d'une voix tremblante. Désolé de vous déranger si tard — il y a un suspect que nous recherchons, qui se serait caché dans les parages. Nous avons entendu du bruit, et sommes venus nous assurer que tout allait bien.
— Tout va bien, dit Eldra. J'ai juste fait tomber mon pop-corn.
Elle s'écarta légèrement, laissant apparaître le bol renversé au sol.
— D'accord, merci pour votre coopération.
— Qui est-il, ce suspect ? demanda Eldra.
— On n'en sait pas grand-chose. On le soupçonne d'avoir débarqué illégalement d'un bateau en provenance de Tare.
— Très bien. Merci pour l'info.
Elle referma la porte, et se dirigea vers le salon, où Ingene était allongé, inconscient.
— De Tare..., dit-elle.