Chapitre 6 — Voisins
1. Le Scooter
Le matin, Johanna descendit dans le parking, comme convenu, et trouva Obb — en train de ranger ses affaires dans le coffre de son scooter.
— Bonjour, mademoiselle Elene, dit-il.
— Appelle-moi simplement Elene. Et tutoie-moi — tes heures de service sont finies.
— Très bien. Fais de même, alors, Elene.
Ils montèrent sur le scooter — un vieux modèle, qu'Obb eut du mal à démarrer. Obb sortit un second casque du coffre, et Johanna l'enfila.
Puis ils partirent, roulant à travers la ville d'Era — une ville moderne, animée, et surtout mixte : on y croisait toutes sortes de gens, de toutes origines, marchant dans les mêmes rues, amicaux, joyeux, sans la moindre distinction de rang. Rien à voir avec le continent de Tare, et son organisation rurale. Des feux de signalisation respectés, des boutiques, des véhicules — tout y paraissait normal, et moderne.
Johanna observait, silencieuse, tandis qu'Obb roulait.
Après plusieurs minutes :
— Nous y voilà, dit-il.
Johanna regarda un grand bâtiment, luxueux, propre, et beau.
— C'est pas mal, dit-elle.
— Ah oui ? Je pensais que tu n'aimerais pas. Au moins, ça me rassure.
2. Monsieur Wong
Obb tourna, et prit la direction opposée au bâtiment — vers un autre, plus vieux, comprenant plusieurs appartements. Johanna en fut surprise.
— Voilà. C'est vieux, mais c'est encore en état. J'y vis aussi. Selon le gérant, il y a un appartement libre.
Johanna n'osa pas exprimer son mécontentement. Elle garda le sourire, jusqu'au bout.
Ils se dirigèrent vers la porte 1, et Obb frappa. Un vieil homme sortit.
— Bonjour, monsieur Wong. Voici la personne dont je vous ai parlé hier, au téléphone.
— Oh, mais bien sûr, dit Wong. Un instant.
Il rentra, et ressortit avec une clé.
— Allons-y.
Tandis qu'ils montaient, Wong se mit à parler du bâtiment.
— Je suis content que nous ayons une nouvelle résidente — surtout une Eucare, cela me ravit. Le bâtiment est un peu vieux, mais l'endroit est vivable. Le propriétaire fait de son mieux pour l'entretenir. J'y vis depuis des années — c'était mon premier appartement, depuis que j'étais étudiant. Quand le nouveau propriétaire est arrivé, il m'a laissé y vivre gratuitement, et m'en a confié la gestion. Je vous assure, vous allez l'apprécier.
— Haha, c'est un peu trop de compliments, dit Obb.
— Je n'exagère en rien. C'est vraiment quelqu'un de bien.
— Je vois..., dit Johanna.
3. Chambre 18
Ils arrivèrent devant la porte 18, et Wong l'ouvrit.
Si l'extérieur n'était guère présentable, l'intérieur, lui, était impeccable — beau, et confortable.
— Voilà. La climatisation est opérationnelle, tout est opérationnel. Le propriétaire a tout fait pour que les résidents se sentent à l'aise, même si l'extérieur ne paie pas de mine. Comme on dit : il ne faut pas juger le livre à sa couverture.
— J'aime beaucoup, dit Johanna.
Elle fut surprise par cet intérieur, qui n'avait rien à voir avec l'extérieur.
— Tu aimes bien ? demanda Obb.
— Beaucoup. Je la prends.
Une fois l'affaire conclue, Wong repartit. Obb, lui, se dirigea vers l'appartement 19.
— On est voisins ! Si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas à toquer.
— Et si tu es au travail ?
— Tu n'auras qu'à m'appeler.
— Je n'ai pas de terminal.
— Terminal ?
— Je veux dire... des moyens de communication.
— Pas de souci. On pourra aller t'en trouver un, juste après.
— Ça me va.