Chapitre 9 — Le Manoir
1. L'Arrêt de Bus
À l'extérieur, ils rejoignirent un arrêt de bus, et s'assirent. Mireille envoya un message à quelqu'un, puis ils attendirent en silence.
Personne n'osait parler.
Lorsque Ginette rentra, elle ne trouva ni Mireille ni Ida — seulement Flore, en train de ramasser les morceaux de verre. Sa sœur vint l'interpeller.
— Que sais-tu sur ce Feri ? demanda Lisette.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Réponds à la question.
— Pas grand-chose. Je sais juste que c'est l'ami de Mireille. Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ?
— On en reparlera.
Lisette sortit en vitesse, et s'en alla.
À l'arrêt, une berline noire de luxe vint se garer. Un homme en costume en sortit, et ouvrit la portière arrière.
— Allons-y, dit Mireille.
Elle monta la première. Ida hésita, puis finit par monter à son tour.
Le chauffeur démarra, et ils partirent.
2. La Berline
C'était calme. Les yeux du chauffeur, dans le rétroviseur central, les observaient.
Mireille voulut briser le silence.
— Je vais arranger le problème. Tu n'as pas à t'en faire.
Ida ne répondit pas.
Le silence devint gênant.
— Je—
— Jusqu'à quand vas-tu jouer à ça ? coupa Ida. Qui es-tu ? Une envoyée de l'Union ? Une espionne ? Où m'emmènes-tu — dans un endroit où je serai torturé ? Si la nouvelle méthode de l'Union pour m'approcher est de m'attendrir, sache que c'est un échec. Je ne me laisserai pas faire.
Déconcertée, Mireille répondit :
— De quoi tu parles ?
— Pourquoi une Luminarienne viendrait-elle en aide à un Tarien comme moi ? Tu me sors de la rue, toi et ta soi-disant amie, vous me nourrissez, vous m'habillez, et tu prends ma défense dans ce café. Et si ce n'était que ça — tu as crié mon vrai prénom, Ida, plutôt que Feri. Tes paroles font peur à un agent de l'ordre. Cette voiture de luxe. Rien, en toi, ne m'inspire confiance. Et pour couronner le tout, tu es une Luminarienne. Vous êtes ceux qui ont condamné le peuple tarien — et maintenant tu viens jouer la fille innocente, inquiète pour un inconnu. Toi et moi, on ne se connaît même pas. Alors pourquoi faire tout ça, pour moi ? Je ne vois qu'une explication : l'Union t'envoie. L'Union tente une nouvelle approche.
À ces mots, le visage de Mireille s'attrista — mais elle resta calme.
— Ne fais pas cette tête triste. Je ne crois pas à ton jeu d'actrice — et surtout, n'ose pas sortir tes larmes de crocodile devant moi. Dans l'état où je suis, je pourrais faire n'importe quoi.
Le chauffeur observait la scène en silence, dans le rétroviseur, sans jamais dire un mot, ni intervenir.
Le véhicule entra dans une très grande propriété, isolée de tout. La distance entre le portail et le manoir, en son centre, était telle qu'il leur fallut plusieurs minutes pour l'atteindre.
3. Alfred
Lorsqu'ils descendirent de la voiture, un majordome et deux servantes se tenaient déjà là, qui les attendaient.
— Bon retour, mademoiselle, dit le majordome.
— Merci, Alfred..., répondit Mireille.
Elle marqua une pause, puis reprit :
— Voici Feri—
— Ida, coupa-t-il.
— Voici Ida, l'invité dont je vous ai parlé hier, au téléphone. Traitez-le bien — c'est mon invité de marque.
— Et il se passe quoi, si je veux partir d'ici ? Vous allez m'en empêcher ?
Tous le regardèrent — sauf Mireille.
— Tu es libre de partir, si tu le souhaites. Personne ne te retient captif.
Après ces mots, elle entra dans le manoir, sans dire un mot de plus.