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Scènes (5)

Chapitre 14 — La Vérité de Tare

1. La Répartition

L'O0 s'arrêta, au milieu d'une clairière.

— Bien, dit Stef. Johanna, tu accompagnes le Guérisseur — pour qu'il trouve son épisode. Ingene, Renma, vous vous occupez du ravitaillement, et de la chasse aux informations. On doit savoir ce que fait l'Union, en ce moment. Eucate, tu restes dans le train, tu prépares notre départ. Ida — tu viens avec moi. J'ai des choses à te montrer.

— Et moi ? demanda Pet.

— À toi de voir.

— Je ne reste pas avec Eucate, elle est bizarre... hum. Ingene et Renma sont trop sérieux pour moi. Je pense que j'irai avec Johanna et le Guérisseur.

— Génial, dit le Guérisseur. Quelle bonne nouvelle.

— Fais pas semblant. Tu voulais que je vienne.

— C'est toi qui le dis.

Ils sortirent, et se dirigèrent vers un village situé à proximité, où ils se séparèrent.

2. Le Marché

Renma et Ingene partirent enquêter, pour découvrir quelle était la situation actuelle. Ils consultèrent des vendeurs d'informations, les payant en tares, et empruntèrent des rues peu fréquentables pour récupérer ce qu'ils cherchaient.

Pendant ce temps, le Guérisseur, Johanna et Pet parcouraient les étalages, à la recherche du dernier épisode.

— T'es sûr qu'il existe, ton épisode ? demanda Pet.

— Selon le calendrier, il est censé être déjà disponible.

— Donc tu te bases sur un calcul infondé.

— Il est parfaitement fondé ! Ce sont tes paroles, à toi, qui sont complètement dénuées de sens !

— Calmez-vous, dit Johanna. Si on ne le trouve nulle part, tu l'auras à Cora.

— Mais moi, je le veux maintenant.

— Dans ce cas, continuons de chercher.

Alors qu'ils discutaient, au loin, des hommes les observaient. D'un signe, ils se dispersèrent, et se rapprochèrent doucement.

Puis, soudain, l'un d'eux surgit derrière Pet, et l'assomma.

Le temps que Johanna réagisse, elle fut assommée à son tour.

Elle tomba au sol — et la dernière chose qu'elle vit fut le Guérisseur, en train de se faire encercler.

3. La Terre de la Désolation

De l'autre côté, Stef marchait avec Ida à travers les rues du village, sans un mot. Il fredonnait, bouche fermée.

Ida observait les alentours.

Des enfants affamés, assis — on pouvait voir la forme de leurs os.

Des corps d'hommes morts, laissés sur place.

Des malades.

Tout ce qui caractérisait l'extrême pauvreté. Et la souffrance.

Puis ils arrivèrent dans un endroit où deux hommes frappaient des enfants, tandis que d'autres arrachaient des femmes à leurs maris — les battant, elles aussi.

— Que cherches-tu à me montrer, au juste ? demanda Ida.

— Tu ne remarques vraiment rien ? La terre de la désolation.

Stef marqua une pause.

— Bienvenue sur la terre de la désolation. Qu'on connaît sous le nom de Tare.

4. L'Union des Empires

— Depuis l'instauration des colonies, le peuple tarien souffre d'injustice, de famine, de pauvreté, d'esclavage — et de tout ce que tu peux imaginer. Regarde, au loin. Que vois-tu ?

Il pointa l'extérieur du village.

— Une forêt, dit Ida.

— Non. Regarde encore.

Ida regarda une seconde fois, et remarqua des structures.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Allons voir.

Ils s'approchèrent des structures. Ida fut quelque peu surpris.

— Ce sont d'anciens bâtiments détruits. Il y avait une colonie, ici ?

— Non. Une ville. Une ville habitée. Développée. En paix.

— Autrefois, le continent de Tare abritait le Grand Royaume de Tarana. Un royaume prospère, riche, puissant. Autonome — gouverné par les sept grandes familles des sept royaumes qui le composaient jadis, ainsi que par un roi, représentant de tous.

Mais un jour, l'Union des Empires fut créée par l'impératrice rouge. Elle fit tomber le régime de Tarana, puis lança une opération visant l'extermination du peuple taranien — dans le seul but d'exploiter ses terres. Les colonies furent créées. Ce que vous appelez des forteresses. Les villes furent détruites, ne laissant rien derrière elles. Ceux qui se trouvaient à l'extérieur des colonies furent pris pour cible.

Le royaume de Tarana n'existe plus. Ceux que tu vois aujourd'hui sont les descendants des survivants.

L'Union se sert de Tare comme de son garde-manger. Les humains y sont traités en esclaves. Et les Tariens ne peuvent réagir, de peur des représailles. Pour un seul habitant de l'Union blessé sur Tare, ce sont cent Tariens qui en paient le prix. Ces hommes violent. Volent. Brûlent. Tuent. Sans conséquence — car ils sont intouchables. Et une seule réaction, de la part du peuple tarien, peut condamner tout un village.

Désormais, les Tariens n'ont plus de droits. Seulement des devoirs. Des devoirs qui les placent en dessous des bêtes de compagnie.

Depuis toujours, tu as servi l'Union — pour l'Union. Il n'y a pas de fronts, ici. Que des abattoirs. Pas de héros. Que des sacrifices, issus de la sélection. Il n'y a pas d'espoir. Que la misère, sans fin.

— Si je te montre cela aujourd'hui, c'est pour que tu saches que la réalité est autre que ce que tu penses. Si je te l'avais montré, à notre sortie, tu ne m'aurais pas cru. Mais maintenant que tu vois, je sais que tu es assez intelligent pour te rendre compte de la supercherie que tu as subie. Ta sœur, Saha, le savait. Elle a voulu te montrer la vérité. Mais le système t'avait déjà endoctriné. D'où ton geste de trahison.

Après un moment de silence, Ida posa la question.

— Pourquoi ? Pourquoi faire cela ? Quel est le but de tout ça ?

— Tu poseras toi-même la question à l'Héritière du Savoir, si tu la croises un jour. Je ne peux malheureusement pas y répondre. Car même moi, je l'ignore. Mais garde cette attitude que tu as — celle de ne faire confiance à personne. Pas même à moi. Tu ne sais pas qui se trouve devant toi. Sois sur tes gardes.

5. Les Vaisseaux

Comme il achevait ces mots, deux vaisseaux passèrent au-dessus d'eux, et se posèrent près du village.

— Ils nous ont retrouvés très vite, dit Stef. Il faut y aller.

Renma et Ingene, eux aussi, remarquèrent les deux vaisseaux — et se dirigèrent vers l'O0.