Chapitre 13 — Le Calme Avant
1. Le Chahut
Le train reprit sa route.
Mais à peine reparti, l'intérieur s'agita.
Le Guérisseur n'arrêtait pas de se plaindre.
— MON ÉPISODE !!!!!!! Je le voulais, cet épisode ! Je veux le regarder ! Pourquoi ! POURQUOI !
Les autres se couvrirent les oreilles.
— Que quelqu'un le calme, j'en ai marre ! lâcha Johanna.
— Laissez-le-moi, dit Ingene. Je vais le cramer.
— AAAAAAAAA !
Pet retint Ingene par le bras.
Stef sortit de la salle des machines.
— Dites donc... vous en faites, du bruit.
— C'est le Guérisseur, dit Johanna. Y en a qui essaient de dormir !
— C'est la faute de Stef !
— C'est bon, c'est bon, on se calme. Raaaah.
Il soupira.
— Très bien. On va faire un arrêt, pour aller chercher ton épisode.
— Mais où !? On est en plein milieu de nulle part ! Le grand marché, c'était à M13 ! On va s'arrêter où, hein ? Et d'ailleurs, pourquoi on est partiiiiii !!!
— Calme-toi. Je connais un endroit. On fera un détour. Seulement, tu te calmes.
À ces mots, le Guérisseur retrouva son calme, et vint s'asseoir près d'Ida.
— Je me demande comment Ida fait, dit Pet, pour ne pas être dérangé par ce con.
— C'est qui, que tu traites de con !?
— J'ai cité personne.
— Tes paroles constituent un crime. Et méritent une punition.
— Moi, je le trouve amusant, dit Ida, en riant.
Tout le monde se tourna vers lui, d'un même mouvement.
— Quoi ? J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
— Tu me trouves... amusant ? demanda le Guérisseur, plein d'espoir.
— Ouais. Sans mentir, s'il était pas là, je m'ennuierais à mort, dans ce train.
Le Guérisseur se leva, fier, et croisa les bras.
— Au moins, quelqu'un qui sait reconnaître mes efforts à leur juste valeur. Sans moi, l'ambiance dans ce train serait aussi morte qu'un cimetière.
— Tu casses plutôt les oreilles, releva Ingene.
— Et toi, tu te la pètes. Toujours à rester dans ton coin, à frimer, à farmer de l'aura. Tu n'es pas le protagoniste que tu penses être !
Les veines, au front d'Ingene, gonflèrent.
— Et toi, alors, tu... tu... tu— Peu importe.
Johanna éclata de rire.
— Tu n'arrives même pas à répondre.
Stef observait le spectacle. La manière dont l'équipe, peu à peu, se rapprochait.
— On dirait que tu apprécies le moment, toi aussi, Stef, remarqua Renma.
— C'est le genre de moment qu'on oublie difficilement. Surtout avec ce qui nous attend.
— Peut-être.
2. Le Pilier
Alors que les chamailleries se poursuivaient, un bruit, à l'extérieur, attira l'attention de tout le monde.
Ida jeta un œil.
Au loin, il aperçut un pilier ravitailleur — en mouvement.
— Un pilier ravitailleur, expliqua Stef. Il fait son retour vers la base.
— M20 en possède un aussi ?
— Toutes les colonies en possèdent un. Mais la règle, c'est qu'ils atterrissent loin de leur colonie d'origine. Faudrait pas que les colons les aperçoivent. C'est même tout le but.
— Ils vont pas nous repérer ? demanda Pet.
— Non. On est trop loin.
— C'est assez impressionnant, je trouve, dit Ida.
— Je dirais plutôt que c'est triste, répondit Johanna. Surtout quand on pense à la raison de son existence.
Sa phrase jeta un froid.
— Enfin, bref, dit Stef. On va bientôt s'arrêter. Préparez-vous.