Chapitre 12 — Avant les Autres
1. Essayages
Dans une autre salle — plutôt désordonnée, encombrée d'un invraisemblable bric-à-brac — la femme s'apprêtait à prendre les mesures d'Ida.
— Retire tes vêtements, dit-elle.
— Tout ? demanda Ida.
— TOUT !?!? s'étrangla le Guérisseur.
— Non. Garde tes sous-vêtements. Je dois juste prendre tes mensurations.
Le Guérisseur, un peu gêné, recula d'un pas :
— Je vais... sortir un peu.
— Attends, reste. Tu pourrais m'aider à choisir ?
— Ah... eh bien... je...
Pendant qu'il bafouillait, Ida retira le haut, puis le bas, ne gardant que ses sous-vêtements.
Sans le vouloir, le Guérisseur se mit à le fixer.
— Wouah... tous ces muscles.
Sans même s'en rendre compte, il se mit à les tâter.
— Tu comptes caresser mes muscles encore longtemps ?
— DÉSOLÉ !
La femme termina de prendre ses mesures, s'assit à un bureau, et se mit à taper sur une machine.
Ida balaya la pièce du regard, observant le désordre ambiant — puis remarqua quelque chose d'étrange. La moitié supérieure de ce qui ressemblait à un très vieux robot.
— Il y a aussi des robots, ici ?
— On les appelle des automates, corrigea la femme.
— J'en ai croisé aucun, depuis ma sortie.
— Normal. Ça n'existe plus. Ce que tu vois là, c'est une trouvaille archéologique.
— On ne peut pas en fabriquer ?
— Je ne pense pas, non.
— Selon certaines sources, intervint le Guérisseur, ce genre d'automates existe depuis très, très longtemps. On ignore leur date d'apparition. Et qui les a conçus. On ne trouve que leurs restes — la plupart enfouis dans le sol. C'est un miracle d'en trouver un dans un état pareil. Même s'il lui manque la moitié.
— Tu sembles très bien informé, dis-moi. Petit guérisseur.
— Ah... c'est-à-dire que j'ai lu certains livres.
Elle le regarda, du coin de l'œil.
— Il paraît qu'il existe un livre traitant de ce genre de choses.
— Oui ! Le livre s'intitule La Déesse et la Fille. Écrit par l'impératrice rouge, en personne. Il décrit ces créatures comme des aides apportées aux hommes — dans les champs, les travaux. Mais rien, en revanche, sur les raisons de leur disparition.
— Ce livre coûte extrêmement cher. Et il est extrêmement rare.
Le Guérisseur sursauta, à cette réponse.
— Ah oui ? Ah... j'ai eu de la chance de tomber dessus, alors. C'était à... Cora ! Oui, Cora. C'était à Cora, héhé.
— Tu es cultivé, dit-elle simplement.
Elle se leva, et posa les yeux sur le Guérisseur.
— Si la situation le permettait, j'aurais aimé discuter un peu plus, avec toi.
— Ça... ça aurait été un honneur.
Ida, lui, observait toujours la moitié d'automate.
— La section est bien droite. Ça n'a pas l'air naturel.
— Il a dû être sectionné par quelque chose, alors, répondit la femme.
Elle appuya sur un bouton. Trois tenues apparurent, en image.
— Voilà. Choisis.
— Hum... je sais pas trop. Je m'y connais pas vraiment, en style.
— Celle-là ! s'exclama le Guérisseur, pointant la noire.
— Je vais pas mettre du noir. C'est pas vraiment mon truc.
— Alors la blanche ? proposa la femme.
— J'ai porté bien trop de blanc, déjà...
— Il ne reste plus que la grise, alors, conclut le Guérisseur.
— Mouais. Je vais essayer celle-là.
Ida enfila la tenue — saluée d'une même approbation par le Guérisseur et la femme.
C'est alors que Stef entra.
— Oh. Je vois que vous avez fini. Elle est pas mal, cette tenue.
2. M34
Entre-temps, ailleurs. Très loin, ailleurs.
Dans une forteresse — M34 — le marquis Raven, un grand homme aux cheveux blonds, entra dans la salle de contrôle.
— J'ai reçu la nouvelle. Vous l'auriez retrouvé.
— Nous avons reçu un message anonyme, accompagné d'un signal, répondit le contrôleur. Enfin... nous l'avons tous reçu. Toutes les colonies. Sans exception.
— Sommes-nous certains que ce soit vrai ?
— L'information est fiable, Marquis. La source n'est pas n'importe qui.
Un temps.
— Selon certains rapports, d'autres colonies ont déjà déployé leurs propres trains.
Le marquis Raven serra la mâchoire.
— Déployez le BS34. Et ramenez-le-moi. Avant les autres.
— Bien reçu.
— BS34, ici contrôle, annonça un autre opérateur. Vous avez l'autorisation de départ. Les détails de la mission vous seront transmis en route.
— Ici BS34, répondit une voix, dans le poste. Bien reçu.
Soudain, dans le grand hangar de M34, depuis un coin plongé dans l'ombre, des phares s'allumèrent.
Le sol trembla. Les habitants, massés aux alentours, virent l'ombre d'un train filer devant eux.
Ils se mirent à sauter, à applaudir, saluant le départ du BS34.
3. Le Baron et la Belle
À M13, le Guérisseur continuait d'écumer les étals, à la recherche du dernier épisode du « Baron et la Belle ».
— Ça parle de quoi, cette histoire ? demanda Ida.
— C'est l'histoire d'un homme sans statut, qui tombe amoureux d'une noble. Leur amour est impossible — alors l'homme brave l'impossible, pour conquérir le cœur de la jeune noble.
— Une histoire cliché, quoi, commenta Stef. On en voit partout.
— Les clichés, c'est ce qu'il y a de meilleur ! Des fois, je m'imagine les vivre. Le rêve, tu vois ? Imagine : un homme musclé, bien bâti, mais sans le moindre titre, amoureux d'une princesse en détresse. Le jour du mariage, il entre dans l'église, devant toute l'assemblée, devant la famille impériale — et il dit : « C'est toi que j'aime. Et j'aimerais passer le reste de mes jours à tes côtés. » Puis les deux s'enfuient, main dans la main, poursuivis par tous. Mais ils finissent par leur échapper — en se cachant, en se déguisant, en riant de toute la situation. Ah... quelle histoire.
— Il délire complètement, souffla Stef.
— C'est... vraiment... irréaliste, je trouve, dit Ida. Mais intéressant, à voir.
Il laissa la phrase en suspens. Perdu, un instant, dans ses pensées.
— Mais cette histoire a quelque chose de particulier, reprit le Guérisseur. Je saurais pas dire quoi. Mais elle est différente.
— J'aimerais bien la lire.
Le Guérisseur se rapprocha aussitôt d'Ida.
— Alors faut commencer par le début !
— C'est pas comme si j'allais commencer par le milieu.
Pendant qu'ils discutaient, Stef repéra, au loin, deux hommes qui les observaient — avant de s'éclipser dès qu'ils se sentirent repérés.
— On doit y aller.
— Mais... j'ai pas encore trouvé mon épisode.
— On t'en trouvera un ailleurs. Allons-y.
Ils regagnèrent l'O0.