Chapitre 28 — La Mémoire des Gardiens
1. La Mémoire des Gardiens
— Suis-moi, dit Anyelle. Je dois te montrer quelque chose.
Ils prirent un ascenseur, et montèrent très haut.
Puis ils entrèrent dans une pièce sombre.
Les lumières s'allumèrent.
La salle était immense — remplie de tableaux, de vitrines contenant des objets, et de textes, sous chacun d'eux.
— Quelle est cette pièce ?
— La Mémoire des Gardiens. Les Gardiens sont des personnes qui donnent leur vie pour protéger ce monde. Nous n'intervenons généralement pas dans les affaires politiques — sauf pour des raisons personnelles. Mais notre but réel est de protéger ce monde. Nous mourons, nous nous sacrifions, sans chercher la gloire auprès du commun des mortels. Personne ne se souvient de nous. Personne ne sait ce que nous faisons. Personne ne sait qui nous sommes. Mais c'est ici le seul endroit où l'on retrouve la mémoire des Gardiens — leurs représentations, leur histoire écrite, certains de leurs objets. Je l'ai créée, afin de permettre à ceux qui me remplaceront de savoir qui nous étions. Par chance, j'ai rencontré tous les Gardiens qui ont existé. Cela m'a facilité les choses.
— Vous avez plus de trois cents ans !?
— Oui. Je ne fais pas mon âge, n'est-ce pas ?
Elle sourit.
— Je ne saurais vraiment estimer votre âge, dit Ida. Surtout que j'ai passé la majeure partie de ma vie à ne voir que des gens d'une trentaine d'années, au maximum.
— Je comprends. Les gens diraient que je dois avoir dans la cinquantaine.
2. Elianna et Anyelle
Ils se rendirent d'abord vers le premier tableau.
— C'est elle. Elianna Nagiragi.
Une femme métisse, aux cheveux en cascade de boucles.
— Je trouve qu'elle ressemble à Valérie, dit Ida.
— Qui est-ce ?
— Une amie. Une vieille amie.
Ida regarda le tableau suivant.
— Elle vous ressemble. C'est vous ?
— Oui. C'était moi, encore jeune — je devais avoir dans la vingtaine, à l'époque. Je fus l'une des premières recrues.
3. Les Gardiens
Ils poursuivirent leur marche, tandis qu'Anyelle présentait les Gardiens, un à un.
— Lui, c'est Towower Nasler. Ce type me donnait des frissons.
— Elle, c'est Astaria Rusler. Je ne la supportais pas, avec ses discours d'amour et de paix.
— Peyrus Nansen. Un ami très proche.
— Kin Nanga. Si le mot « combat » était une personne, ce serait lui.
— Dandelion Blanc. Trop parfait. Mais pas très intelligent, à mon goût.
— Kamil Tekin. Incompétent.
— Ren. Il était très mystérieux — franchement, je ne l'ai jamais vraiment approché. Il n'avait pas l'air net.
— Kanehira Nakura. On l'appelait aussi le Souverain des Lames. Il possédait l'Héritage du Souverain des Lames. Crois-moi, tu ne veux pas te retrouver face à lui, une lame entre les mains.
— Eb Nakura...
— Dialde Saw...
— ...
4. Baron Nodgeas
— Baron Nodgeas. Ton ancêtre. Il fut le dernier détenteur du Facteur 555 — avant de mourir, lors de son combat contre Erina.
— Je pensais que le Facteur 555 était le plus puissant.
— Erina l'affronta dans sa vieillesse. Elle utilisa le Naxus, l'ordre de la chevalerie supérieure, les forces de l'Union des Empires, ainsi que toutes les ressources à sa disposition. Il lui a fallu tout cela pour le vaincre. Cela te donne une idée de sa puissance ? Il fut le Gardien le plus puissant, à son apogée.
5. L'Impératrice Rouge
— Ici, nous avons Erina Aurelia Von Phonex.
— L'impératrice rouge était une Gardienne, elle aussi ?
— Oui. Elle le fut — avant de briser la règle stipulant qu'un Gardien ne doit jamais en combattre un autre.
Ida observa le portrait.
— Une chevelure rouge. Un regard vide et perçant. Des pupilles en forme de soleil. L'image que l'on nous montrait, à M20, était celle d'une femme aux cheveux blancs, aux pupilles bleues, au regard aimant. Mais maintenant que je vois ceci, je comprends son surnom d'impératrice rouge.
— La propagande de M20 est pire que ce que j'imaginais.
6. Kenshin Nakura
Ils poursuivirent leur marche, et arrivèrent devant le dernier tableau.
— ...
— Kenshin Nakura. Le dernier Gardien que j'ai recruté, personnellement, dans l'arène de la mort de Molar.
— Où sont-ils tous passés ? Enfin — la plupart d'entre eux.
— La majorité sont morts, de la main d'Erina. D'autres sont encore en vie, aujourd'hui, vaquant à leurs occupations. Et puis, il y a ceux, comme moi, qui vivent dans la Tour des Gardiens.
— Je trouve ça triste.
— Quoi donc ?
— De vivre seule, ainsi.
— J'ai Lyra, avec moi. Au moins, je ne m'ennuie pas, avec elle.
Ida sourit.
— Je comprends ce genre de chose.
— Et si on s'arrêtait là, pour aujourd'hui ? Descends au vingt-deuxième étage pour rejoindre tes amis.
— Oui.
Ida partit, laissant Anyelle seule dans la salle.
Elle observa les tableaux — avant de verser des larmes, et de s'en aller à son tour.