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Scènes (4)

Chapitre 3 — Le Grand Départ

1. Nouvelles du Front

Le lendemain.

Au centre de télécommunication, chacun appelait ses proches partis au front.

Devant l'écran, Ida retrouva le visage de ses parents. Ils lui posaient des questions, les unes après les autres.

— Et comment ça avance au boulot ? demanda Menra Nodgeas.

— Tout va bien, répondit Ida.

Sa réponse était directe. Il ne posait pas de questions en retour. Il répondait aux leurs sans jamais rien ajouter.

— As-tu une amoureuse ? demanda Lile.

— Non.

— Je pensais que l'on t'avait assigné une partenaire.

Sous cette remarque, Ida parla un peu plus.

— En effet. Mais je ne me souviens pas avoir mentionné cela.

— C'est parce que nous recevons aussi de tes nouvelles grâce à M20.

— Je vois... Je vais vous laisser, j'ai du travail.

Il raccrocha soudainement.

En se levant, il découvrit Edd derrière lui.

— Tu n'es pas censé parler avec ta famille au front ? demanda Ida.

— J'ai fini il y a un moment, répondit Edd. À ce rythme, nous serons les prochains sur la liste des héros.

— Moins fort. Ou alors tu veux vraiment y aller ?

— Pas du tout.

Edd marqua une pause.

— Tu aurais quand même pu être un peu plus doux.

— Je vais y aller, coupa Ida.

Edd le regarda partir sans dire un mot.

Chacun retourna à ses activités.

Edd commença les recherches qui lui avaient été assignées, au centre de recherche bio-organique de M20.

Feri se rendit au quartier des nobles, où presque tous les habitants avaient les cheveux blancs — enfants comme adultes. Son rôle consistait d'abord à accompagner la fille du marquis, partout, en tant que garde personnel.

Valérie continua son travail de pédiatre.

Karibudi poursuivit son entraînement, en attendant son déploiement.

Et Ida continua le sien.

2. Le Départ

Un mois plus tard.

Dans la grande gare, une foule immense s'était rassemblée, avec les héros qui devaient être déployés. L'événement était retransmis dans toute la cité de M20, sur tous les écrans.

Le marquis Panzel présidait la cérémonie depuis le podium, tandis que les héros se tenaient en rang.

— C'est un grand honneur pour moi, mais aussi pour vous, de voir nos héros ici présents, prêts à être déployés. Ceci ne marque en rien un adieu, mais un nouveau départ — un départ dont nous nous souviendrons toute notre vie, comme de ceux qui vous ont précédés. Vous êtes l'espoir de notre futur, et nous comptons sur vous. Soyez fiers : aujourd'hui, vous êtes des héros.

Toute la foule acclama.

Puis les proches de ceux qui devaient partir vinrent leur faire un dernier adieu avant le déploiement.

Karibudi serra très fort ses amis contre elle.

— Vous allez me manquer, dit-elle.

— C'est bon, c'est bon, je m'étouffe, protesta Feri.

— Tu seras dans le même régiment que tes parents ? demanda Edd.

— Non. Je serai chez les Axis, nous serons postés à l'ouest. Mes parents sont au nord.

Karibudi les regarda tour à tour.

— Mais je ne m'inquiète de rien, car nous nous reverrons un jour, mes amis. Feri — prends soin de toi, et arrête de foncer tête baissée. Tu es en charge de la protection de la fille du marquis, maintenant : ne commets pas d'impair.

— Oui, oui.

— Edd, toi, tu es parfait. Ne change rien, continue comme ça.

— D'accord.

— Valérie, la plus douce des douces... j'espère que tu sauras calmer les ardeurs des garçons. Surtout celles de Feri, il est bien trop agité.

— Hehe. Oui, t'inquiète pas, sourit Valérie.

— Et toi, Ida. Arrête de déprimer à tout moment. Je sais que tu as traversé des choses difficiles, mais c'est toi qui seras en charge des autres, maintenant. Alors montre-toi digne. Nous sommes ta nouvelle famille, pas vrai ?

— ... J'y songerai, répondit Ida.

— Non. Pas « j'y songerai ». « Je le ferai ! »

— Haha... oui.

Karibudi les observa un instant, un sourire aux lèvres.

— J'ai toujours voulu dire ça, mais je n'en avais jamais eu l'occasion : je trouve que tu ressembles beaucoup à Valérie, Ida. Peut-être que le destin a voulu que ceux qui se ressemblent s'assemblent.

— Je me disais la même chose, ajouta Edd.

— Ça peut arriver, sourit Valérie.

Karibudi les regarda un moment, les larmes aux yeux.

— Oh, vous êtes mignons... Faut pas pleurer, c'est pas la fin.

— C'est clairement toi qui pleures, releva Feri.

— Allez, venez par ici.

— Sans moi, tu vas me tuer avec ta force !

Mais Karibudi leur offrit à tous une dernière étreinte avant de monter dans le train.

Il y avait six trains. Le premier était l'O0, celui du marquis Panzel. Le deuxième portait les soldats. Les quatre derniers étaient des trains de ravitaillement.

Le coup de sifflet retentit. Les trains s'ébranlèrent les uns après les autres, en direction du grand portail ouest — ce que l'on appelait la Grande Porte.

La Grande Porte Ouest commença à s'ouvrir. Sur le grand mur, les tourelles et les canons s'activèrent, pointant vers l'extérieur. Les trains sortirent. La Grande Porte se referma derrière eux.

— Elle va me manquer, murmura Feri.

Mais Edd, Valérie et Ida restèrent calmes.

Chacun rentra chez soi.

3. Le Silence de Karibudi

Depuis ce jour, le groupe d'amis devint un peu distant. Les rencontres se firent rares, et lorsqu'elles avaient lieu, on y parlait à peine.

Des semaines passèrent. Les préparatifs du mariage entre Ida et Valérie avançaient — la date approchait.

Dans le terminal, le compte de Karibudi avait disparu.

Un jour, ils reçurent une notification du centre de télécommunication.

Après s'y être rendus, ils eurent un appel vidéo avec Karibudi, depuis le front.

Ils discutèrent. Ils rirent.

Après l'appel, ils restèrent là, devant l'écran. Personne ne parlait. Comme si quelque chose n'allait pas.

— Je dois y aller, dit Valérie.

— Je te raccompagne—

— NON ! Ça ira, je peux me débrouiller.

Elle s'en alla aussitôt.

Les autres sortirent et allèrent près des rails, du côté de l'ancien entrepôt à trains, sur les hauteurs, à observer la ville.

— Alors, c'est fini, n'est-ce pas ? PUTAIN !

Feri donna un coup de poing au sol.

— J'aurais dû partir avec elle.

— Ça aurait changé quoi ? répliqua Edd. Ta présence aurait été aussi insignifiante que celle de n'importe qui d'autre.

— Il y a quelq—

— Ça suffit, coupa Ida. Faites attention à vos paroles.

Il se leva.

— Ne rendez pas Valérie encore plus triste qu'elle ne l'est déjà.

Sur ces mots, il s'en alla.

4. Le Même Ciel

En marchant, il s'arrêta dans une ruelle vide et sombre. Il s'assit. Et se mit à se lamenter.

Il y resta plus de deux heures.

Puis il se leva, et continua de marcher.

C'est alors qu'en tournant la tête, il aperçut les bas quartiers.

Il s'arrêta. Les observa longuement.

Puis il s'y rendit.

Les rues étaient sombres. Sales. Peuplées de gens qui ne payaient pas de mine.

Il se rendit au bar tout au fond de la rue principale.

L'endroit était animé — jusqu'à ce qu'il entre. Tous les bruits cessèrent d'un coup. Les regards se tournèrent vers lui.

Sans s'en soucier, il se dirigea vers la serveuse.

— Qu'est-ce que je vous sers ?

— N'importe quoi, tant qu'il y a de l'alcool fort.

Elle lui servit un verre de quelque chose qui sentait très fort.

L'activité du bar reprit son cours, comme si de rien n'était.

Alors qu'Ida s'apprêtait à saisir son verre, quelqu'un s'assit à sa droite.

— Je prendrai la même chose.

Ida reconnut immédiatement la voix.

C'était l'homme de l'autre soir.

— Crois-moi, tu auras beau boire des fûts de cet alcool fort, tu n'oublieras rien. Tu résistes à l'alcool.

— Vous parlez comme si vous me connaissiez, répliqua Ida.

— C'est bien le cas.

L'homme vida son verre d'un trait.

— Vous et moi, nous sommes pareils sur un point : l'alcool ne nous affecte pas.

Il se tourna vers Ida.

— Allons discuter ailleurs — c'est bien pour ça que tu es venu jusqu'ici, non ?

Ida ne répondit pas.

Les deux hommes sortirent et montèrent sur le toit du bar.

L'homme leva les yeux vers le ciel.

— Quand je regarde ce ciel... j'ai l'impression que je pourrais le toucher. N'est-ce pas, Ida ?

— Qui êtes-vous ? demanda Ida.