Chapitre 39 — L'Ombre du Conseil
1. Le Deuil de Stef
L'aube arriva. Le train avait roulé toute la nuit.
L'équipage restait silencieux ; personne n'osait parler. Chacun, pensif.
L'O0 ressemblait à une épave roulante.
Le silence était pesant. Seul résonnait le bruit du moteur, se battant pour avancer.
— Encore quelques heures, et nous y sommes, dit Stef. Notre objectif est à portée de main.
Personne ne répondit.
— C'est quoi, cette réaction de mort ? Pourquoi êtes-vous aussi calmes ?
— On vient de perdre deux membres d'équipage, dit Ida, et tu trouves bon de faire comme si de rien n'était. N'as-tu aucune once de compassion ?
— C'est moi, le plus affecté, de vous tous. Eucate et Renma sont des connaissances de longue date. Si je ne déprime pas comme vous, c'est parce qu'on connaissait le risque, en choisissant cette voie — et chacun d'entre vous le savait, en acceptant de me rejoindre. J'avais précisé que la mort pouvait nous frapper. Avez-vous oublié où nous sommes ? À Tare. La terre de la désolation. Je ne suis pas insensible. Mais l'heure n'est pas au deuil. Nous nous réjouirons, ou nous pleurerons, une fois notre objectif atteint.
Il marqua une pause.
— Alors je vous demanderai de ne pas jouer les déprimés, à ma place.
Il retourna à la salle des machines.
Le voyage se poursuivit, en silence, un long moment.
2. Les Chasseurs CA17
Alors que le Guérisseur avait sorti la tête pour observer l'extérieur, il remarqua deux choses approcher, par les airs.
— Quelque chose approche !
— Où ça ? demanda Pet.
— Là-bas !
— Je ne vois rien.
— Je les vois, dit Ida.
Stef vint voir à son tour, et réagit aussitôt.
— Merde. De tout ce qu'ils possèdent, il fallait qu'ils choisissent ça.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Des chasseurs astariens. CA17. Des chasseurs de combat astariens, à la pointe de la technologie, construits par les meilleurs ingénieurs astariens. Ils surpassent tout ce qui vole. Jamais, dans l'histoire, un seul n'a été abattu.
— C'est notre fin, dit le Guérisseur.
— On dirait que je n'ai pas le choix.
Avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit, l'un des chasseurs astariens se désintégra soudainement. Puis le suivant. Les pilotes eurent tout juste le temps de s'éjecter.
3. L'Ombre du Conseil
— Tu avais donc pensé à tout, dit Ida. Même à abattre des chasseurs inabattables.
— Non. Ce n'est pas moi.
Stef arrêta l'O0, et descendit. Les autres le suivirent.
— Je ne connais qu'une personne, au monde, capable d'un exploit aussi impossible. L'Ombre du Conseil.
Devant eux se tenait un homme, en manteau noir, un masque ne laissant apparaître que son œil gauche.
— Tu me connais ? dit l'homme, avec un clin d'œil.
— Des rumeurs, dit Stef. Mais je te pensais un mythe. Tu es pourtant bien vivant. Il n'y a qu'une seule raison, pour laquelle tu viendrais nous aider, ici.
Il se tourna vers le Guérisseur, qui baissa la tête.
Remarquant cela, Ida se mit en position défensive.
— Non ! Ça va, dit le Guérisseur.
— Mais—
— Il est là pour me ramener. Il n'y a aucun danger. On dirait que mon passé m'a rattrapé.
4. Adieu
Il se tourna vers les autres.
— Ce fut un plaisir de vivre cette aventure avec vous, les amis. Et merci — à toi.
— Qu'en est-il de notre promesse ? demanda Ida.
— Je compte la tenir, d'une façon ou d'une autre. Mais s'il est ici, je dois impérativement rentrer, sur-le-champ.
— Je comprends. Mais comment puis-je te retrouver ?
— Je—
— Nous devons partir, dit l'homme.
— Nous nous retrouverons, dit le Guérisseur.
Il se retourna, et alla rejoindre l'homme.
Celui-ci lui toucha l'épaule — et tous deux disparurent, aussitôt.
— Fallait s'y attendre, dit Stef. Avec tout le désordre qu'on a causé jusque-là, l'Union est sûrement agitée.
Il marqua une pause.
— T'inquiète pas, Ida. Vous vous retrouverez. C'est dans mes plans. Alors, ça arrivera.
Ils remontèrent à bord. Stef activa les holorails, et mit le cap au nord, vers le port Melthrite.
— Mais t'es fou, toi. Tu pensais pouvoir faire quoi, contre lui ? Ce type est un monstre.
Ida répondit, d'une voix pensive.
— C'était un réflexe.
— La violence ne résout pas tout. Mets-toi ça dans le crâne.