Chapitre 13 — Valentine Rolure
1. Au-delà de la Brume
Les navires traversèrent la brume, révélant un paysage magnifique : un soleil brillant, une ville portuaire immense, propre, et parfaitement organisée.
Tout était si beau.
Sur chaque navire, les occupants sortirent sur le pont, pour admirer — c'était la première fois qu'un public aussi large découvrait ce paysage.
— Après tout ce que vous avez raconté, dame Elay, dit Rime, je m'attendais à un paysage sinistre. Mais là, je crois que c'est l'endroit le plus beau que j'aie vu de toute ma vie.
— Je n'ai jamais dit que c'était invivable, mon chou.
— Dommage qu'on soit les seuls à voir ça, dit Jamila.
— Non, vous n'êtes pas les seuls. Tout est retransmis, en direct. Le monde entier peut enfin voir, pour la première fois, l'endroit le plus mystérieux au monde.
Partout dans le monde, au même instant où les navires traversaient la brume, une retransmission du paysage d'Agule se déroulait. Le monde entier pouvait enfin voir à quoi ça ressemblait vraiment. L'idée d'un pays sombre, dominé par un empire d'Acade impitoyable, venait de se briser. Tous les stéréotypes sur des Aguliens malheureux venaient de tomber à l'eau.
2. Observé
Les navires accostèrent. Pour chacun d'eux, une délégation attendait déjà sur le quai.
Lorsqu'Ingene posa le pied au sol, il eut la sensation d'être observé par des yeux invisibles. Il activa ses yeux du soleil, et se mit à scruter les environs.
Jamila le remarqua.
— Qu'est-ce qu'il y a, Ingene ?
Tout le monde se tourna vers lui.
— C'est étrange. J'ai comme l'impression d'être observé. Pourtant...
Il regarda encore autour de lui — mais ne vit rien.
— Tout a l'air normal.
— Si tes yeux ne parviennent pas à voir quelque chose de suspect, dit Mayuri, alors ce n'est qu'une impression.
— Il y a des choses qui peuvent échapper à mes yeux.
— J'ai du mal à le croire, dit Elay.
— Farad était invisible pour moi aussi, la première fois que je l'ai rencontré.
— Tu veux dire qu'une autre personne comme lui serait ici, en train de nous observer ? demanda Mayuri.
— Non. C'est différent. C'est comme si on scrutait chacun de mes mouvements, chacune de mes variations.
Tous le regardèrent, perplexes.
— C'est littéralement le pouvoir de tes yeux, dit Rime.
— Il est sous l'effet de son propre pouvoir, dit Eoga. Quel ringard.
— Tu ne t'es pas reposé durant le voyage, comme demandé, dit Mayuri. Ce sont sûrement des effets secondaires.
3. Valentine Rolure
Alors qu'ils discutaient, une adolescente s'approcha d'eux.
— Bonjour ! Vous devez être l'équipe de Nilor.
— Bonjour. Oui, c'est bien nous, dit Mayuri.
— Enchantée. Je suis Valentine Rolure. J'ai été chargée d'être votre guide.
— Quel dommage, dit Elay. J'aurais voulu que ça soit un homme bien bâti.
— Navrée de ne pas vous satisfaire, madame.
— Qui a dit que tu ne pouvais pas ? dit Elay, d'un air taquin.
— Dame Elay, dit Mayuri. Elle est mineure.
— Tu n'as pas le sens de l'humour, Mayuri. T'es aussi rabat-joie que ce radin d'Aston. Je m'en vais — il doit bien y avoir des hommes avec de l'endurance, ici, à Agule. Mayuri, gère-les.
— C'était pas pour éviter les conflits, que vous étiez là ? dit Mayuri.
Elay ne répondit pas, et s'enfonça dans la cité d'Agule.
Pendant ce temps, Ingene n'arrivait pas à détacher son regard de Valentine.