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Scènes (4)

Chapitre 16 — Quatorze Ans

1. Pas de Réseau

Pendant ce temps, Jamila se rendit à la chambre de Rime, et frappa.

Il ouvrit, et dit, en la voyant :

— Oh, salut.

— Salut.

— Tu veux entrer ?

— Non.

— D'accord. Comment puis-je t'aider, alors ?

Jamila leva la main, son téléphone dans la paume.

— Je ne capte pas. Je me demandais si tu pouvais régler ça.

— Ah, ça... Ça va être compliqué.

— Pourquoi ?

— Moi non plus, je capte rien. Apparemment, le réseau agulien ne nous est pas encore autorisé.

— Je vais chercher un téléphone public, dit Jamila.

2. La Cabine

Alors qu'elle s'en allait, Rime entra dans sa chambre, récupéra quelques affaires, et ressortit en vitesse pour la suivre.

— Tes drones ne te suffisent plus ? Tu dois maintenant venir en personne.

— Il ne faut pas laisser une demoiselle marcher seule dans une ville inconnue.

— Trouve une autre excuse.

— T'as gagné. Je voulais simplement t'accompagner, pour parler un peu.

— On n'a rien à se dire.

— Qu'est-ce qu'on fait, alors, présentement ?

— Tu m'agaces.

— Désolé. Je voulais seulement... Écoute, pour la dernière fois—

— Pourquoi tu reviens toujours sur le passé ?

— C'est juste que... je ne suis pas très à l'aise à l'idée que tu m'en veuilles encore.

— Je ne suis pas rancunière.

— Alors tu m'as pardonné ?

— Je n'y pensais déjà plus, dès la minute où on s'est séparés.

— C'est rassurant.

— Mouais.

Elle marqua une pause.

— J'avais quatorze ans.

— Pardon ?

3. Quatorze Ans

— J'avais quatorze ans, quand c'est arrivé. Ma famille a toujours été une famille de combattants — infiltration, récupération d'informations. Mais moi, j'étais rebelle. Je fuyais les entraînements, je manquais de respect à ma mère. Je pensais que le monde m'appartenait. Je voulais être une fille cool, comme dans les films eucares. Je voulais m'amuser.

Un soir, j'ai fait le mur, pour rejoindre des copines dans une boîte clandestine — illégale, à Moram. L'une d'elles était amie avec le propriétaire. On a bu. On a dansé. On s'est droguées.

Le lendemain matin, je me suis réveillée dans la rue. Mon corps n'allait pas bien. J'avais mal. C'est là que j'ai compris qu'on avait abusé de moi, pendant que j'étais hors d'état de me défendre.

Je n'en ai jamais parlé à personne.

Quand les signes de grossesse ont commencé à apparaître, mon père m'a battue. Très fort. Je l'ai entendu, ensuite, expliquer à ma mère comment il allait me mettre à la porte. Alors j'ai pris les devants : j'ai volé de l'argent, et un équipement complet, et je me suis enfuie, le plus loin possible. Mais à Moram, où presque tout le monde est riche, la rue n'est pas un combat — c'est une guerre. C'était insupportable.

J'ai donc tout fait pour monter, illégalement, à bord d'un cargo en direction de Nilor. D'après ce que j'avais entendu, c'était un endroit où l'on ne juge personne — peu importe qui tu es, d'où tu viens, ce que tu as fait. Je me suis dit que la vie serait meilleure, là-bas. Et j'avais raison.

Après avoir donné naissance à Roro, j'ai commencé à manquer d'argent. J'ai enchaîné les petits boulots — détective privée, serveuse. Mais je ne voulais pas vendre mon corps pour en gagner. J'ai trouvé un appartement, près du quartier des plaisirs — c'était moins cher, là-bas — que je loue en colocation. Ma colocataire m'aide souvent à garder Roro, quand je ne suis pas là.

Mais, dernièrement...

Jamila essuya quelques larmes.

— On a découvert que Roro avait un cancer. Mes petits boulots ne suffiront jamais à payer les soins. J'espère obtenir un financement grâce à ce tournoi. Et en même temps, ça permettra à ma famille de voir qui je suis devenue, aujourd'hui.

— C'est très touchant, dit Rime. Et très noble, comme raison.

— Je ne te demande pas de jouer les compatissants. Je te l'ai dit parce que c'est ce que tu voulais entendre, non ? N'est-ce pas pour ça que tu agis comme un pot de colle ?

4. L'Automate

— J'avoue, en partie, oui, dit Rime. Mais au moins, ça m'a permis d'en savoir un peu plus sur toi, sans passer par des moyens peu conventionnels.

— Mouais. Et toi ? C'est quoi, ton excuse ? T'es venu jouer avec tes drones pour impressionner ?

— Et si je te disais que c'était vrai ?

— Tu rigoles ?

— Non. Enfin — pas seulement pour impressionner. Pour convaincre. Je veux monter une entreprise, spécialisée dans la robotique et la technologie. Mon but ultime : réussir à créer des automates. Mais il me faut un financement. J'ai présenté mes projets à des investisseurs, à Eucarion — ils m'ont trouvé un peu trop gourmand. Alors j'ai décidé de venir ici, pour prouver l'efficacité de mes inventions.

— Tu as donc fabriqué tes drones toi-même ?

— Oui. C'est pas de la technologie supérieure — mais je m'en suis inspiré.

— T'es un vrai geek.