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Scènes (3)

Chapitre 4 — Jamila

1. Eoga

L'un des candidats — peau sombre, cheveux rasés sur les côtés, vêtements de luxe portés en vrac — courait à toute vitesse à travers la zone. Il portait des bottes et des gants spéciaux, sûrement faits de technologie supérieure.

Il tomba sur un autre candidat.

— Enfin, quelqu'un ! Viens te battre !

Mais l'autre, voyant sa carrure imposante, s'enfuit.

Il partit alors à la recherche d'un autre — qui fuit également, à son tour.

Pendant ce temps, un petit drone les observait.

Elay éclata de rire.

— Il n'a même pas regardé ses billes, et il fonce comme un taureau.

— Eoga Allhe, vingt-quatre ans, dit Héron. Selon les données, ce serait une brute finie. Il n'a que la violence dans le sang.

— Ce n'est pas digne, pour un fils de bonne fortune, dit Aston.

— Tu as l'air de le connaître.

— J'ai fait quelques affaires avec ses parents.

Eoga tomba de nouveau sur un candidat, et lui proposa un duel — qu'il refusa.

— Et si nous pimentions un peu les choses, dit Pensal.

Alors qu'Eoga se retournait pour s'en aller, l'alarme retentit.

Il s'arrêta, et un grand sourire s'afficha sur son visage.

— Pas de chance. On vient de passer en mode Purge.

Il se retourna, et fonça sur le candidat.

Dans la salle d'observation, des cris résonnèrent depuis les écrans.

— Quelle violence, dit Jack.

2. Jamila et Assar

Sur un autre écran s'affichait une candidate, aux cheveux longs et sombres, tressés, courant vers un point de scan.

Lorsqu'elle y arriva, elle ne scanna qu'une seule de ses billes. L'élément Eau s'afficha.

— Elle ne scanne qu'une bille..., remarqua Héron.

— Seuls les plus malins ont compris entre les lignes, dit Pensal.

— Jamila Nafista, dix-neuf ans, reprit Héron. Originaire de Moram — et pourtant, elle a choisi de représenter Nilor, pour un tournoi aussi important.

— Au moins, elle est reconnaissante envers ceux qui l'ont accueillie, dit Elay.

Un autre candidat se manifesta derrière elle. Jamila se retourna.

— De quel élément sont tes billes ? demanda-t-il.

— Sinon quoi, tu comptes m'attaquer ?

Soudain, l'alarme retentit de nouveau.

— Le mode Purge n'est plus là, dit-il. Je comptais te défier de toute façon.

Après un moment d'hésitation, Jamila répondit :

— Je te retourne la question.

— Feu.

— Les miens sont terre, dit-elle.

— Dans ce cas, acceptes-tu que je te défie ?

— Ça dépend. Quel genre ?

Il sourit.

— Ce que tu as au poignet, ça tire des fléchettes, non ? Moi aussi, je suis spécialisé dans le tir à l'arc.

Il sortit son arc.

— Et si on faisait une compétition de tir ?

— D'accord.

Mais aucun des deux ne se doutait qu'un drone les observait, de loin.

— Je m'appelle Assar.

— Jamila.

— C'est simple, dit Assar. Nous viserons les fruits des arbres, autour de nous. Plus l'arbre est loin, plus il rapporte de points. Pour la tranche des zéro à cinquante mètres, cinq points. Pour la tranche des cinquante-et-un à cent mètres, dix points. Et ainsi de suite. Le premier à atteindre cent gagne.

Jamila observa les alentours, puis accepta.

— Les dames d'abord.

Jamila visa un fruit, sur un arbre situé à environ vingt mètres, et l'atteignit.

— Cinq.

Assar prit son grand arc, visa un fruit à environ soixante mètres, et l'atteignit à son tour.

— Dix.

Ils continuèrent ainsi — Jamila ne visant que les cibles à moins de cinquante mètres, tandis qu'Assar visait toujours plus loin. Le score finit par atteindre vingt-cinq à quatre-vingt-quinze.

— On dirait que je gagne, dit-il.

— Tu n'as pas atteint cent.

— Tu penses encore avoir une chance ?

— Si je touche un fruit à au moins un kilomètre, oui.

— Tes petites fléchettes ne peuvent pas aller aussi loin.

Jamila leva le bras, et tira. La fléchette alla simplement s'écraser à environ deux cents mètres.

— Et je gagne, dit Assar.

— Tu n'as pas cent points.

— Peu importe ce que j'atteins, je gagne.

— Vas-y. Montre.

Assar visa un fruit, à environ vingt mètres, et tira. La flèche pulvérisa le fruit. Mais lorsqu'il se retourna vers Jamila, elle avait déjà sorti ses dagues — et lui en planta une dans le cou, l'autre dans les côtes.

— Quelle brutalité, dit Elay.

— Je la trouve intéressante, dit Towower.

Tout le jury se tourna vers lui, surpris par ce commentaire.

— Je vois, dit Pensal. Et si on rendait les choses plus intéressantes ?

Assar, à terre, agonisant, prit la parole :

— Si tu me tues, tu n'auras jamais mes billes.

Soudain, l'alarme retentit.

— Devine quoi, dit Jamila. Je peux te tuer.

Elle l'acheva, et s'empara de ses billes — au nombre de huit. Elle les testa : feu, et air.

— Pas mal, dit Héron.

— Voyons voir les autres, dit Pensal.

3. Mikael et Rime

Pendant ce temps, un drone observait un candidat qui venait d'en éliminer un autre, après l'avoir trahi, à la faveur de l'alarme de Purge.

— Mikael Basile, trente-deux ans, dit Héron. Professeur de mathématiques, au lycée astarien d'Era.

— Que fait un professeur, ici ? demanda Aston.

— Tout talent est à observer, dit Pensal.

Mikael quitta les lieux, et se mit à marcher. Il tomba bientôt sur un candidat, occupé à observer son propre bras — quand l'alarme retentit de nouveau. Le mode Purge venait de se terminer.

Mikael s'approcha de lui.

— On en a encore perdu quelques-uns.

Le candidat se retourna, et le fixa — un jeune homme mince, aux cheveux châtain clair en bataille, portant un grand sweat.

— En effet.

— Rime Flodem, vingt-et-un ans. Nom de code : Nano, dit Héron.

— Tu comptes réciter leurs noms encore longtemps ? demanda Dialde.

Héron soupira.

— Je te propose de faire équipe, un moment, dit Mikael. Allions-nous, aidons-nous, et sortons vainqueurs de ce défi.

— De quels éléments sont tes billes ?

— Tu ne tournes pas autour du pot. J'aime bien. Mais je préfère que tu me dises les tiens en premier.

— Ils sont feu.

— Les miens aussi. Raison de plus pour s'entraider. Qu'en penses-tu ?

— Mouais.

Ils se mirent alors en route, ensemble.