Chapitre 4 — Jamila
1. Eoga
L'un des candidats — peau sombre, cheveux rasés sur les côtés, vêtements de luxe portés en vrac — courait à toute vitesse à travers la zone. Il portait des bottes et des gants spéciaux, sûrement faits de technologie supérieure.
Il tomba sur un autre candidat.
— Enfin, quelqu'un ! Viens te battre !
Mais l'autre, voyant sa carrure imposante, s'enfuit.
Il partit alors à la recherche d'un autre — qui fuit également, à son tour.
Pendant ce temps, un petit drone les observait.
Elay éclata de rire.
— Il n'a même pas regardé ses billes, et il fonce comme un taureau.
— Eoga Allhe, vingt-quatre ans, dit Héron. Selon les données, ce serait une brute finie. Il n'a que la violence dans le sang.
— Ce n'est pas digne, pour un fils de bonne fortune, dit Aston.
— Tu as l'air de le connaître.
— J'ai fait quelques affaires avec ses parents.
Eoga tomba de nouveau sur un candidat, et lui proposa un duel — qu'il refusa.
— Et si nous pimentions un peu les choses, dit Pensal.
Alors qu'Eoga se retournait pour s'en aller, l'alarme retentit.
Il s'arrêta, et un grand sourire s'afficha sur son visage.
— Pas de chance. On vient de passer en mode Purge.
Il se retourna, et fonça sur le candidat.
Dans la salle d'observation, des cris résonnèrent depuis les écrans.
— Quelle violence, dit Jack.
2. Jamila et Assar
Sur un autre écran s'affichait une candidate, aux cheveux longs et sombres, tressés, courant vers un point de scan.
Lorsqu'elle y arriva, elle ne scanna qu'une seule de ses billes. L'élément Eau s'afficha.
— Elle ne scanne qu'une bille..., remarqua Héron.
— Seuls les plus malins ont compris entre les lignes, dit Pensal.
— Jamila Nafista, dix-neuf ans, reprit Héron. Originaire de Moram — et pourtant, elle a choisi de représenter Nilor, pour un tournoi aussi important.
— Au moins, elle est reconnaissante envers ceux qui l'ont accueillie, dit Elay.
Un autre candidat se manifesta derrière elle. Jamila se retourna.
— De quel élément sont tes billes ? demanda-t-il.
— Sinon quoi, tu comptes m'attaquer ?
Soudain, l'alarme retentit de nouveau.
— Le mode Purge n'est plus là, dit-il. Je comptais te défier de toute façon.
Après un moment d'hésitation, Jamila répondit :
— Je te retourne la question.
— Feu.
— Les miens sont terre, dit-elle.
— Dans ce cas, acceptes-tu que je te défie ?
— Ça dépend. Quel genre ?
Il sourit.
— Ce que tu as au poignet, ça tire des fléchettes, non ? Moi aussi, je suis spécialisé dans le tir à l'arc.
Il sortit son arc.
— Et si on faisait une compétition de tir ?
— D'accord.
Mais aucun des deux ne se doutait qu'un drone les observait, de loin.
— Je m'appelle Assar.
— Jamila.
— C'est simple, dit Assar. Nous viserons les fruits des arbres, autour de nous. Plus l'arbre est loin, plus il rapporte de points. Pour la tranche des zéro à cinquante mètres, cinq points. Pour la tranche des cinquante-et-un à cent mètres, dix points. Et ainsi de suite. Le premier à atteindre cent gagne.
Jamila observa les alentours, puis accepta.
— Les dames d'abord.
Jamila visa un fruit, sur un arbre situé à environ vingt mètres, et l'atteignit.
— Cinq.
Assar prit son grand arc, visa un fruit à environ soixante mètres, et l'atteignit à son tour.
— Dix.
Ils continuèrent ainsi — Jamila ne visant que les cibles à moins de cinquante mètres, tandis qu'Assar visait toujours plus loin. Le score finit par atteindre vingt-cinq à quatre-vingt-quinze.
— On dirait que je gagne, dit-il.
— Tu n'as pas atteint cent.
— Tu penses encore avoir une chance ?
— Si je touche un fruit à au moins un kilomètre, oui.
— Tes petites fléchettes ne peuvent pas aller aussi loin.
Jamila leva le bras, et tira. La fléchette alla simplement s'écraser à environ deux cents mètres.
— Et je gagne, dit Assar.
— Tu n'as pas cent points.
— Peu importe ce que j'atteins, je gagne.
— Vas-y. Montre.
Assar visa un fruit, à environ vingt mètres, et tira. La flèche pulvérisa le fruit. Mais lorsqu'il se retourna vers Jamila, elle avait déjà sorti ses dagues — et lui en planta une dans le cou, l'autre dans les côtes.
— Quelle brutalité, dit Elay.
— Je la trouve intéressante, dit Towower.
Tout le jury se tourna vers lui, surpris par ce commentaire.
— Je vois, dit Pensal. Et si on rendait les choses plus intéressantes ?
Assar, à terre, agonisant, prit la parole :
— Si tu me tues, tu n'auras jamais mes billes.
Soudain, l'alarme retentit.
— Devine quoi, dit Jamila. Je peux te tuer.
Elle l'acheva, et s'empara de ses billes — au nombre de huit. Elle les testa : feu, et air.
— Pas mal, dit Héron.
— Voyons voir les autres, dit Pensal.
3. Mikael et Rime
Pendant ce temps, un drone observait un candidat qui venait d'en éliminer un autre, après l'avoir trahi, à la faveur de l'alarme de Purge.
— Mikael Basile, trente-deux ans, dit Héron. Professeur de mathématiques, au lycée astarien d'Era.
— Que fait un professeur, ici ? demanda Aston.
— Tout talent est à observer, dit Pensal.
Mikael quitta les lieux, et se mit à marcher. Il tomba bientôt sur un candidat, occupé à observer son propre bras — quand l'alarme retentit de nouveau. Le mode Purge venait de se terminer.
Mikael s'approcha de lui.
— On en a encore perdu quelques-uns.
Le candidat se retourna, et le fixa — un jeune homme mince, aux cheveux châtain clair en bataille, portant un grand sweat.
— En effet.
— Rime Flodem, vingt-et-un ans. Nom de code : Nano, dit Héron.
— Tu comptes réciter leurs noms encore longtemps ? demanda Dialde.
Héron soupira.
— Je te propose de faire équipe, un moment, dit Mikael. Allions-nous, aidons-nous, et sortons vainqueurs de ce défi.
— De quels éléments sont tes billes ?
— Tu ne tournes pas autour du pot. J'aime bien. Mais je préfère que tu me dises les tiens en premier.
— Ils sont feu.
— Les miens aussi. Raison de plus pour s'entraider. Qu'en penses-tu ?
— Mouais.
Ils se mirent alors en route, ensemble.