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Scènes (3)

Chapitre 1 — Les Loups de Yelaz

1. Le Convoi

Alors que le convoi avançait, les hommes se mirent à parler d'elle à voix haute — assez fort pour qu'elle entende.

— Moi, je vous dis qu'elle nous trahira, comme elle l'a fait pour les siens.

— Détends-toi. Elle est des nôtres, maintenant. Et si jamais elle décide de nous trahir, on n'aura qu'à la buter — comme ces Luminariens de merde.

— Pourquoi gâcher un tel potentiel ? On est en guerre. C'est certain qu'on ne reverra pas de femmes avant des mois, voire des années. Moi je dis : plutôt que de la tuer, autant se mettre à l'aise.

— T'as pas tort. On dit que les Luminariennes sont pas mal, à l'intérieur.

Chacun des hommes lançait, à son égard, des propos aussi sexistes que dégoûtants. Sgueurth les ignorait complètement.

Seul l'un d'entre eux — un très jeune homme, lui-même martyrisé par les plus grands — restait à ses côtés.

— Ne les écoutez pas, dame Sgueurth, dit Benjamin. Ils cherchent seulement à attirer l'attention.

— Je m'en soucie peu, répondit-elle. Tu n'as pas à t'en faire pour moi. Entre eux et moi, ce sont eux qui courent le plus de danger.

À ces mots, l'un des soldats se mit en colère, et marcha vers elle.

— Eh, toi. La femme.

Sgueurth l'ignora.

Pris de colère, l'homme tenta de la saisir par les cheveux.

Elle lui attrapa la main aussitôt, et la serra — d'une poigne si forte qu'il en hurla de douleur.

— Je ne t'avertirai qu'une fois, dit-elle. Reste loin de moi. Et du garçon. Sinon, je te fais avaler ta langue.

Elle le relâcha, et le laissa là, plié de douleur.

— Vous êtes forte, dit Benjamin. C'est très impressionnant.

— Cela, je le dois à mon Héritage. La Fleur de l'Âge.

— J'aimerais en posséder un, moi aussi.

— Je déteste cet Héritage.

— Pourquoi ? Vous avez la chance d'être quelqu'un de fort.

— Les malheurs de ma vie sont tous dus à cette force que je n'ai jamais désirée. Si j'étais... normale.

Elle leva les yeux vers le ciel.

— Les choses seraient différentes.

Elle eut un petit sourire.

Benjamin se contenta de l'observer.

Ils poursuivirent leur route au sein de l'Empire d'Élise, vers le nord-ouest, en direction de la cité frontalière qui séparait Élise de l'Empire d'Astaria — Ezanores.

2. Les Loups de Yelaz

Pendant ce temps, au sud, à la frontière entre l'Empire de Moram et celui d'Astaria, un combat brutal faisait rage entre Astariens et Moramiens.

Les deux camps se battaient farouchement — mais les Astariens semblaient prendre l'avantage.

Alors que la situation devenait désespérée, un cri de guerre retentit. Un cri très distinct.

Des Yelaziens. Montés sur des loups géants, ils déferlèrent sur le champ de bataille.

— Je pensais que ce n'était qu'une rumeur exagérée, dit l'un des soldats moramiens. Mais ils chevauchent bel et bien des loups.

Les Yelaziens vinrent à la rescousse des Moramiens. Nombreux, puissants, armés de haches lourdes, de grandes machettes, de lances — ils n'eurent aucun mal à réduire les rangs des Astariens.

Ceux-ci finirent par se replier.

3. La Tente des Empereurs

Alors que l'ordre se rétablissait, Moramas — premier Empereur de l'Empire de Moram — alla à la rencontre de l'empereur yelazien, présent sur le champ de bataille.

— Je commençais à désespérer, mon ami, dit Moramas.

— Hahaha ! Le combat, ça nous connaît, mon frère, répondit Luwi Phiri.

Il descendit de son loup, et rangea ses machettes.

— Ces Astariens ne sont que des poules mouillées. Je pensais mener un combat digne du grand Luwi. Je suis déçu.

— Face à plus fort que soi, on ne peut que rebrousser chemin, dit Moramas.

Ils entrèrent dans une tente, et s'assirent.

— Quelle est la situation, du côté de Yelaz ? demanda Moramas.

— La paix. Le calme. La tranquillité. Tout ce que je déteste.

— Je vous envie, pourtant. J'aimerais que le calme revienne. Que toute guerre cesse.

— T'as qu'à buter cet enfoiré — le mari de cette sorcière, là. Comment elle s'appelle, déjà ?

— Tu veux parler d'Astaria ?

— Oui. Son mari.

— L'Empereur Jace Lester.

— Les Gardiens auraient dû prendre sa vie aussi, comme ils l'ont fait avec Astaria. Je hais tous ces Britaniens blonds aux yeux bleus — à commencer par ce Jace.

Il se pencha vers Moramas.

— J'ai une idée. Jusqu'à présent, on ne fait que défendre nos frontières. Et si on décidait de contre-attaquer ? On fonce chez eux. On pille. On tue. Jusqu'à atteindre cette tête de chien de Jace. Et là, je le décapite, et je plante sa tête sur la tombe de sa défunte épouse — avec un bâton.

Moramas, un peu gêné par ces propos, répondit :

— Je trouve cela un peu trop brutal.

— La brutalité, c'est ce qui nous définit. Le calme est trop calme. Le calme, c'est pour les faibles. Si Kin était encore là, il serait du même avis.

— Le Prémoniteur n'est pas du même avis. Nous avons déjà étudié la question.

— Tu parles de ta femelle, qui t'accompagne partout ?

— Le terme « femelle » est très rabaissant. Je la considère plutôt comme une conseillère.

— C'est une bonne nouvelle, ça. Je la trouve très séduisante, sous son voile — avec ses yeux perçants.

— Un hijab. Et je te prierais de ne pas parler d'elle ainsi.

Luwi le regarda un instant, sans un mot. Puis :

— Je suis affamé. Il me faut de la nourriture — et une femelle, pour me satisfaire. Tu peux arranger ça ?

— Nous avons de la nourriture. Mais pas de femmes réduites en esclavage. Nos prisonniers ne sont pas des esclaves.

— T'as bon cœur, Moramas. Ça te perdra, un jour. Moi, je termine mes adversaires. Aucun ne m'échappe. Tiens, ces Astariens qui ont fui — je vais les traquer. Les massacrer, jusqu'au dernier. Personne ne restera en vie. Voilà ce que c'est, un vrai chef. Toi, tu trembles. Tu laisses tes ennemis fuir. C'est lâche.

— C'est stratégique.

— Une stratégie que cette femelle au voile te souffle.

— Elle nous a permis de survivre, jusqu'à aujourd'hui.

— Comment s'appelle-t-elle ?

— Shana. Shana Razid.

Pendant qu'ils parlaient, Shana se tenait dehors, observant la tente de loin — ainsi que les hommes de Luwi.