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Scènes (3)

Chapitre 1 — La Ville de Tora

1. Sept Royaumes

Mille ans après la chute de l'Ordre des Divins...

Sur le continent de Tare régnaient sept puissants royaumes.

Melthrite et Eliresy, au nord.

Reflhiem et Agod, au sud.

Astron, au centre.

Achao, à l'est.

Et Neferliy, à l'ouest.

Pendant des années, les sept royaumes avaient connu une paix durable.

Jusqu'au jour où Melthrite et Eliresy décidèrent de s'allier — pour combattre leurs voisins, au nom d'un dessein religieux.

Ils se proclamèrent royaumes des dieux.

Et commencèrent par attaquer Reflhiem.

2. Corvée de Linge

Au sein de Reflhiem, dans la ville de Tora — située au nord, paisible, et animée malgré son isolement — vivait un jeune garçon de douze ans.

Azurus.

Attentionné envers les autres. Juste, en toute chose.

Il avait grandi dans un orphelinat.

Un jour comme les autres, Azurus et l'un de ses camarades furent chargés d'aider les filles à porter le linge sale jusqu'à la rivière, pour la lessive générale.

Ils marchaient derrière elles, chacune portant son panier.

— C'est ennuyant, se plaignit Azurus. Pourquoi c'est toujours nous qu'on désigne, pour ce genre de corvées de filles ?

— Ouais, renchérit Andan. J'aime pas ces tâches.

Marie et Luminara, deux filles du même groupe, se rapprochèrent.

— On n'est pas vos domestiques, dit Marie. Nous aider serait bien le minimum. De toute façon, vous, vous ne faites jamais rien.

— C'est pas mon problème, répliqua Andan. Moi, je veux aller jouer.

— Aidez-nous au moins à arriver jusqu'à la rivière, dit Luminara.

— Mais moi je veux jouer.

— D'accord, dit Azurus.

— Toi, t'es toujours d'accord, quand c'est Luminara qui parle, ricana Andan.

— On pourrait juste déposer les paniers et rentrer, proposa Azurus. Comme ça, ce soir, on viendra récupérer le linge sec.

— Compte pas sur moi.

— Azurus, au moins, il est gentil, dit Marie. Pas comme toi.

— Je suis pas Azurus !

3. Inda

Tout en parlant, sans faire exprès, Andan heurta quelqu'un — et fit tomber son panier.

— Hé, regarde où tu—

Il se figea net.

Il venait de reconnaître la personne devant lui.

Inda Nakura.

Un autre orphelin de l'orphelinat — plus âgé, arrivé depuis peu.

Une peur glaciale le paralysa sur place, incapable du moindre geste.

Inda le fixait.

Sans un mot.

Les autres filles s'arrêtèrent, observant la scène de loin, sans oser bouger ni intervenir — attendant, en retenant leur souffle, de voir comment Inda allait réagir.

Puis, soudain, Luminara s'avança.

— Excuse-le. Il est un peu distrait.

Inda posa brièvement les yeux sur elle.

Puis s'en alla, sans un mot de plus.

Azurus se précipita pour aider Andan à se relever.

— Ça va ?

— J'ai survécu... Il m'a pas tué.

— Pourquoi il l'aurait fait ? demanda Luminara. Il n'a aucune raison.

— Tu connais pas la rumeur ?

— Ne lui dis rien, intervint Marie. Elle n'a pas besoin de savoir ça.

— Tu préfères que ton amie se jette dans la gueule du loup ?

Marie resta silencieuse.

— Quelle rumeur ? demanda Luminara.

— On raconte que le jour de son arrivée, les gardes de la ville l'ont trouvé seul. Couvert de sang. Un sang qui n'était pas le sien.

Il baissa la voix.

— On dit que ce sang appartenait à ses parents.

— Il les aurait tués.

— Vous exagérez, dit Azurus. Comment un enfant de notre âge aurait pu tuer ses parents ?

— C'est faux, dit Luminara. Il n'est pas comme ça.

Andan se redressa.

— Et toi, qu'est-ce que t'en sais ?

— Et toi, t'en sais quoi ?

— Bon, ça suffit, on y va, trancha Azurus. De toute façon, c'est pas nos affaires.

Le groupe se remit en marche.

Azurus jeta un dernier regard en arrière — Inda, au loin, marchait seul — avant de rejoindre les autres.

Pendant ce temps, un homme s'efforçait de prêcher.

— Les dieux sont de retour parmi nous ! En tant qu'hommes, nous nous devons de les servir !

— La ferme, avec tes religions à la noix ! lui lança un passant.

— Ceux qui croient en la miséricorde, rejoignez-nous à l'entrée nord de la ville ! Nous nous rassemblerons pour l'avènement tant attendu !

— Dégage, ou je te casse la gueule !

Les passants se mirent à le menacer, et il finit par s'éloigner.

Arrivés à la rivière, Andan repartit après avoir déposé son panier.

Azurus, lui, resta pour aider.

La journée s'écoula. Chacun termina sa tâche et rentra.

Il ne resta bientôt plus que Luminara, Marie et Azurus.

— Faut qu'on rentre, dit Marie. Il se fait tard, le soleil va bientôt se coucher complètement.

— Faut que tout soit parfait, dit Luminara.

— Elle a raison, dit Azurus. On va se faire gronder. Faut qu'on rentre.

— D'accord.

Ils se mirent en route vers l'orphelinat.