Chapitre 7 — Les Enfants des Dieux
1. Le Souverain des Lames
Inda s'assit près d'un arbre, observant en silence tout ce qui se passait autour de lui.
Azurus vint s'asseoir à ses côtés.
Ils restèrent silencieux un moment, avant qu'Azurus ne tente de rompre le silence.
— Je me souviens encore—
— La ferme.
Inda marqua une pause.
— De toutes les personnes... il a fallu que ce soit lui.
Il tourna la tête vers Azurus.
— C'était mon père. Tout à l'heure.
Azurus le regarda, stupéfait.
— La personne que j'ai affrontée était mon père. C'est lui qui m'a appris les bases du combat. Les techniques de base.
Il prit une inspiration, le regard perdu devant lui.
— Je devais avoir entre huit et dix ans. Mon père me faisait subir des entraînements rigoureux. J'avais l'impression qu'il me maltraitait. Je le détestais. Tous les autres enfants pouvaient jouer. Pas moi. Moi, je devais m'entraîner. Encore, et encore. Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il fasse beau ou qu'il fasse chaud. Je devais m'entraîner. Ma mère n'intervenait jamais — elle me disait toujours qu'un jour, je comprendrais.
— Puis, un jour comme un autre, des hommes sont venus dans notre village. Des étrangers. Ils ont discuté avec mes parents. Après quelques échanges, ils sont repartis — et j'ai vu ma mère commencer à fermer nos affaires. Mon père m'a dit de me préparer. Un long voyage nous attendait.
— Nous avons quitté notre maison. Marché pendant des jours. Des semaines. Des mois. Jusqu'à atteindre le rivage. Un grand bateau nous y attendait. Un bateau étrange — fait de métal, et non de bois. Nous avons embarqué, et très vite, nous nous sommes retrouvés sur le continent de Tare. Précisément, au royaume de Melthrite.
— À notre arrivée, tout semblait normal. J'ai rencontré d'autres enfants. De mon âge. Plus âgés. Plus jeunes. On nous appelait, ce groupe et moi... les enfants des dieux. Nos parents en étaient fiers. Ils en tiraient un statut privilégié.
— Mais un jour, un homme est venu à notre rencontre. Il nous a placés dans une arène, avec nos parents comme spectateurs. On pensait que ce serait un spectacle. Une mise en scène. Quelque chose du qui y ressemble.
Sa voix ne trembla pas.
— Mais devant nos yeux, des flammes sont apparues. Et les ont tous consumés.
— Cet homme nous a dit : « Les dieux n'ont besoin de rien au-dessus d'eux. Car les dieux sont au-dessus de tout. »
— Le traitement a changé, après ça. On nous lavait le cerveau. On nous formait. On nous entraînait. On nous testait. C'est là que le créateur m'a enseigné ce pouvoir des dieux, et appris à le maîtriser — celui qu'il appelait « Le Souverain des Lames ». C'était un enfer.
— À seize ans, j'étais le préféré du créateur. La personne derrière tout ça. J'ai profité de mon statut, et de mon pouvoir, pour fuir cet endroit — en tuant tous ceux que je croisais sur mon chemin. Jusqu'à Tora. À Reflhiem.
— On racontait que tu étais couvert de sang qui ne t'appartenait pas, dit Azurus.
— C'est vrai. Ce n'était pas le mien. J'avais bel et bien tué des gens. Mais pas mes parents — comme vous l'avez tous cru.
Il marqua une pause.
— À Tora, tout semblait normal. Puis, un jour, j'ai surpris Luminara en train de soigner un oiseau blessé. Elle a paniqué, quand je l'ai vue. Mais je suis simplement passé mon chemin. Je me disais que les hommes de Melthrite viendraient sûrement pour elle. Mais ils ne sont pas venus pour elle. Ils sont venus pour une invasion. Si je l'avais laissée à Tora... soit elle se serait fait tuer. Soit ils l'auraient enrôlée de force, parmi ce groupe de dieux.
2. L'Héritage d'Azurus
— Alors ils existent vraiment, dit Azurus.
— Toi aussi, tu en es un.
— Je ne pense pas. Je ne possède aucun pouvoir.
— Soit tu es idiot. Soit tu es idiot. Seule une personne possédant un pouvoir des dieux — capable de résister au contrôle mental — peut se défaire de l'Autorité du Souverain. De plus... c'est toi qui as fait apparaître mon père. Ou bien il s'est manifesté à travers toi.
— Vraiment ? Mais... j'aurais dû m'en rendre compte, alors.
— T'es vraiment un idiot. Ce n'est pas la première fois que ça arrive. J'ai déjà essayé de me débarrasser de toi. Plusieurs fois. Après notre fuite de Tora.
— Attends, QUOI !?
— Mais la gérante de l'orphelinat apparaissait, à chaque fois. Et te défendait. Si je devais conclure quelque chose... je dirais que tu possèdes un pouvoir d'invocation des âmes des défunts. Et une résistance mentale. Malheureusement, je ne me souviens pas exactement du nom de cet Héritage.
— C'est quand même dur à croire.
— Alors tu n'as vraiment rien dans le crâne.
Il ajouta :
— Si tu avais invoqué ma mère, je t'aurais découpé.
— Aha... Faudrait déjà que je maîtrise ce pouvoir.
— Tu n'as pas besoin de moi, pour cette guerre. Avec toutes les âmes de défunts qui existent, tu as ta propre arme.
— Mais—
— Mais je vais t'aider. Je vais vous aider.
— Vraiment ?
— Pas parce que tu me l'as demandé.
Inda détourna le regard.
— Revoir mon père a fait remonter une haine que j'avais enfouie depuis longtemps. Je le détestais. Lui, et ma mère. Mais je les aimais aussi. Et cet homme leur a pris la vie.
Il serra les poings.
— Je dois prendre ma revanche. Sur eux. Sur l'honneur des Nakura.