Chapitre 8 — Le Prémoniteur
1. Le Nouveau Roi
Mera, capitale du royaume de Melthrite.
Le roi festoyait avec ses hommes, célébrant l'avancée des troupes de Melthrite.
— Je ne pourrais être plus fier, ni plus joyeux, qu'en cet instant, déclara le roi Iszar. L'avancée de nos hommes se déroule à merveille. Levons nos verres à notre victoire !
— Hourra !! répondit la foule, en chœur.
Alors que tout le monde festoyait, un homme entra dans la salle.
Dès qu'on le remarqua, le silence tomba. Instantanément.
L'homme marcha vers le roi. La tête haute. Fièrement.
— Roi Iszar, dit-il enfin. Je vois que vous avez beaucoup de temps libre. Festoyer, alors qu'il fait encore jour. En pleine guerre.
— Je... je m'excuse, bafouilla Iszar. Je pensais qu'un peu d'ambiance motiverait mes sujets. C'était pour le bien de tous, cher Prémoniteur.
— Je viens de la part du créateur. Il semblerait que l'avancée des troupes ait pris du retard. Quelle en est la raison ? La conquête de Neferliy et d'Agod devait être achevée il y a de cela plusieurs mois. Nous vous avons fourni des automates. Certains dieux ont même dû intervenir, pour accélérer les choses. Alors pourquoi rien n'avance-t-il ?
— Je—
— Ne dites rien. Je le sais déjà.
Il se pencha, tout près de son visage.
— Vous passez votre temps dans la débauche, pensant que le soutien des dieux vous rend invincible. Sachez que si nous décidions réellement d'intervenir, je ne donnerais pas cher de toute la race humaine — comme ce qui s'est produit, il y a plus de mille ans, lors de l'Ère des Divins.
— Je comprends. Et je m'en excuse. Je... je ferai tout pour accélérer les choses.
— Fort bien. Voilà une sage décision, de votre part.
Il lui tapota l'épaule.
— Mais il y a un petit problème. Le Descendeur est très mécontent. Et il exige un changement.
Sans prévenir, il sortit une dague — et égorgea le roi, sous les yeux de tous.
Le Prémoniteur se retourna.
— Nous vous avons donné du temps. Des ressources. Et après quatorze ans, la seule chose que vous ayez accomplie, c'est la conquête d'un petit royaume. Les humains sont incapables. À partir d'aujourd'hui, nous prendrons le commandement, et nous mènerons cette conquête comme il se doit.
Il regarda le corps du roi, gisant au sol.
Puis ramassa la couronne.
Il désigna l'un des gardes du roi, présent dans la salle.
— Toi, là-bas. Comment t'appelles-tu ?
— Melchak, messire.
— Melchak. Je vois du potentiel, en toi. Cette couronne t'appartient, désormais. Tu seras la nouvelle figure publique de Melthrite. Le roi précédent... est mort étouffé, en mangeant à son propre banquet.
— Bien reçu, répondit Melchak.
— Bonne continuation.
Il sortit.
Un grand carrosse l'attendait déjà, en bas. Il y monta.
— Alors ? demanda une voix, à l'intérieur.
— J'ai nommé Melchak, son garde, comme nouveau roi.
— Je fais confiance à ton jugement, Prémoniteur.
— Vous ne serez pas déçu, cher créateur.
— Il ne faudrait pas fâcher le grand Descendeur, dit le créateur. Son aide nous est bien trop précieuse. Sinon... avons-nous repéré l'Empereur Éternel ? Et la Sainte ?
— Selon le rapport, nous aurions une piste concernant la Sainte. Mais pour l'Empereur Éternel, pas encore. Je le sens proche, cependant.
Il marqua une pause.
— Lui. Ainsi que votre petit protégé.
Le créateur le regarda un long moment.
— Si vous le retrouvez, ramenez-le-moi vivant.
— Cela risque d'être... compliqué.
2. Le Camp du Miracle
À Serie, alors qu'ils étaient en chemin vers la base, à cheval—
— Il est vrai que j'ai assisté à l'usage d'un pouvoir des dieux, comme on dit, murmura Kafka. Mais je n'arrive toujours pas à croire ce que j'ai vécu.
— Croyez-moi, je n'y croyais pas non plus, au début. Mais ça viendra, avec le temps. Vous vous y ferez, général.
— J'ai un goût amer, à l'idée de ne pas avoir pu punir cet insolent.
Un peu gêné, Azurus répondit :
— Je m'excuse à sa place. Il n'a pas vraiment le tempérament d'un noble — surtout, quand on a vécu ce qu'il a vécu.
— Certes. Mais posséder un pouvoir des dieux ne permet pas de s'affranchir de l'éthique. Ni des règles.
Ils arrivèrent — et furent accueillis par une terrible nouvelle.
— Sire Azurus. Sire Kafka. Une terrible nouvelle vient de tomber, annonça un soldat. Le camp du miracle est actuellement attaqué. Nous avons envoyé des renforts, avec les effectifs dont nous disposions. Un message a également été transmis au seigneur Maghar, ainsi qu'à tous les généraux. Nous attendons leur soutien.
— Si le camp du miracle tombe, nous perdrons gros, dit Kafka. Les Melthrites sont passés à l'action.
— Le camp du miracle... Luminara ? demanda Inda.
— Oui, répondit Azurus.
— Alors il n'y a pas de temps à perdre. Ils ont sûrement envoyé d'autres enfants des dieux, pour la récupérer. Guide-moi.
— Nous devons d'abord nous organiser—
— On n'a pas le temps de perdre, Azurus !
— Prends l'un de mes hommes. Il te guidera. Je vous rejoins.
Inda partit aussitôt, avec l'un des hommes d'Azurus.
— Il a le sang chaud, remarqua Kafka.
— Il a ses raisons. Personnelles.
3. Vers l'Ouest
Inda chevaucha jusqu'au camp du miracle.
De loin, il pouvait déjà voir la fumée s'élever du camp. Et entendre les bruits du combat.
Lorsqu'il arriva, la bataille faisait rage. Les ennemis prenaient l'avantage.
Inda descendit de cheval.
— Si tu tiens à la vie, reste ici, dit-il à l'homme d'Azurus.
Puis il se mit à marcher. Calmement. Au beau milieu du champ de bataille.
Arrivé au centre, il s'arrêta.
Des soldats ennemis l'encerclèrent.
Inda ne semblait rien craindre.
— Création de Domaine. Autorité du Souverain.
Tout le monde se figea, aussitôt. Personne ne pouvait plus bouger.
Il ramassa l'épée d'un soldat déjà mort.
— Autorité du Souverain.
La lame prit la forme d'un katana.
— Œil du Souverain.
À une vitesse fulgurante, il se mit à trancher tous les soldats ennemis. On le voyait à peine se déplacer. Furtif. Implacable.
Quand il eut terminé, le contrôle revint à tous, d'un seul coup.
Tous restaient sous le choc, fixant cet homme qui venait d'accomplir l'impensable.
On crut, un instant, qu'il appartenait à l'ennemi — qu'il s'était retourné contre son propre camp. Mais l'homme d'Azurus se précipita, pour dissiper le doute :
— C'est un envoyé du commandant Azurus ! N'ayez crainte ! Il est avec nous !
— Vous êtes incomplets, dit Inda. Où sont passés les autres ?
Un des soldats répondit :
— Ils ont enlevé tous les soigneurs. Et les évêques. Ils sont partis avec eux, vers l'ouest. Certains des nôtres les ont poursuivis... mais ne sont pas revenus vivants.
— Bien.
Il remonta à cheval.
— Que personne ne me suive. Attendez les renforts. Sinon, je ne garantis en rien votre survie.
Puis il prit la route vers l'ouest, à la poursuite des troupes ennemies.