Chapitre 12 — L'Acadien
1. Nefditelly
Après quelques heures de vol, la cité de Nefditelly devint enfin visible, depuis les airs. Elle était si grande qu'on n'en voyait pas la fin.
— Purée, si on me dépose ici, je pourrais jamais en sortir vivant, dit Farad. C'est TROP GRAND !
— C'est rien, comparé à Winnator, dit Rime.
Ils entamèrent leur descente, et atterrirent dans le plus grand aéroport de Nefditelly. Lorsqu'ils descendirent de leur vaisseau, un autre, encore plus gigantesque, s'y trouvait déjà, arborant l'emblème d'Élise.
— C'est géant, ce truc, dit Farad.
— C'est à bord de celui-ci que nous embarquerons, dit Mayuri.
— C'est pas un peu trop grand ? dit Eoga.
— Ce n'est pas seulement pour vous. Toutes les équipes y embarqueront aussi.
— Ça ne risque pas de déclencher des conflits ? demanda Jamila.
— C'est une bonne remarque.
Elay prit alors la parole.
— C'est pour ça que des gens comme moi accompagnent des gens comme vous.
2. L'Embarquement
Ils embarquèrent directement dans le grand vaisseau, et s'installèrent dans le compartiment réservé à Nilor.
Une heure plus tard, le vaisseau décolla, et prit son envol pour Resyl-Aminari, tout au sud de l'empire d'Élise.
3. Resyl-Aminari
À leur arrivée, la ville paraissait plus petite, et de nombreux édifices étaient encore en construction.
— Resyl-Aminari était un marché noir, autrefois, dit Elay. La révolution élisienne l'a laissée en ruines. Elle se relève encore.
Lorsqu'ils débarquèrent, ils furent conduits vers le port, chaque équipe séparément, sans qu'aucune n'en croise une autre.
— C'est dommage, dit Rime. J'aurais voulu évaluer les autres équipes.
— C'est à cause des gens comme toi que cette procédure est appliquée, dit Mayuri.
— Pas dans le mauvais sens.
— Je te croyais assez intelligent pour ne pas juger sur l'apparence, dit Jamila.
— Les données physiques et physiologiques comptent, d'une certaine façon.
— Moi, peu importe l'apparence, dit Eoga. Je cogne, c'est tout.
— Toi, tu utilises les muscles de tes bras et de tes jambes, dit Rime. Moi, j'utilise ce muscle-là.
Il pointa sa propre tête.
— Je déteste ce muscle, dit Eoga.
— Quel taureau, murmura Elay.
4. La Brume
Ils arrivèrent au port, où se trouvaient des centaines de navires, des plus grands aux plus petits.
Au loin, sur la mer, on pouvait apercevoir une brume sombre, qui s'étendait tout le long de l'horizon.
— Je n'ai jamais vu une brume d'une telle couleur, dit Farad.
— Le continent de Fela, tout entier, est entouré de cette brume, dit Mayuri. D'après ce qu'on dit, c'est la sentinelle d'Acade qui en serait à l'origine. Tout ce qui y pénètre sans autorisation n'en ressort jamais.
En entendant cela, Ingene prit un air de malaise.
— Qu'est-ce qu'il y a ? dit Farad. T'as peur d'une petite brume ?
— J'ai eu une très mauvaise expérience avec la brume, il n'y a pas longtemps.
— Quel genre ?
— Le genre que tu ne voudrais jamais vivre.
Ils embarquèrent, et le navire se mit à avancer en direction de la brume.
Repensant encore à ce qu'avait dit Ingene, Farad finit par demander :
— Est-ce qu'on est sûrs qu'on en ressortira vivants ? Parce que je vous avoue que ça m'inquiète, maintenant.
— Tant que tu ne commets pas d'impair, dit Mayuri. On raconte que la sentinelle d'Acade ne fait de mal à personne, sauf à ceux qui enfreignent ses règles.
— Et il est fort, ce type ? dit Eoga.
— Je n'en sais rien.
— Savez-vous qui c'est ? demanda Jamila.
— Je l'ignore, malheureusement.
5. L'Acadien
— On l'appelle l'Acadien, dit Elay. D'après le récit d'une vieille connaissance, il serait apparu devant elle et son groupe, alors qu'ils fuyaient leurs assaillants en direction d'Agule. Il les aurait accueillis, après qu'ils eurent baissé les armes, et demandé l'asile.
— Je me demande à quoi il ressemblait, pour qu'elle ait choisi de baisser les armes, dit Rime.
— À une personne comme une autre. Leurs assaillants, eux, l'ont attaqué — et aucun n'en est revenu vivant.
— C'est plutôt effrayant. Et c'était qui, votre connaissance ? Une amie d'enfance ?
— Je dirais plutôt une collègue. Jamila la connaît certainement, de nom. Je parle de Shana Razid.
À ce nom, Ingene se tourna brusquement vers Elay.
— Oui, je la connais, dit Jamila.
— Tout le monde la connaît, dit Rime.
— Pas moi, dit Farad.
— Moi non plus, je connais pas cette personne, dit Eoga.
— Les ignorants resteront dans l'ignorance, dit Jamila.
Elay se mit à rire.
— Shana était le Prémoniteur qui accompagnait le premier empereur de Moram, à l'époque.
Elle jeta un regard à Ingene, qui la fixait toujours.
Elay sourit, puis détourna les yeux.
Les navires entrèrent dans la brume sombre.