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Scènes (3)

Chapitre 6 — L'Autorité du Souverain

1. Le Boucher

Ils arrivèrent dans un marché très fréquenté de la ville.

Les commerces y étaient en pleine effervescence.

— Le marché du centre, dit Kafka. Un lieu où l'on retrouve, à la fois, le désordre et l'ordre.

— Par ici, dit Azurus.

Ils se dirigèrent vers la zone réservée aux boucheries, et à l'abattage du bétail.

— Ça empeste, comme toujours, remarqua Kafka. Votre homme est-il boucher ?

— En effet.

Ils laissèrent les chevaux, et poursuivirent à pied.

— Vous devriez laisser votre épée ici, dit Azurus.

— Un soldat qui abandonne son épée n'est pas digne d'en être un.

— Je prends tout le monde ici à témoin. Je vous aurai prévenu.

— J'assumerai mes responsabilités, s'il arrive quoi que ce soit.

Ils pénétrèrent dans un espace où plusieurs hommes dépeçaient des moutons. Tandis qu'ils avançaient au milieu d'eux, les ouvriers s'arrêtèrent dans leurs tâches, pour les observer.

Ils se dirigèrent vers un homme qui semblait isolé, au fond.

Autour d'eux, des murmures s'élevaient parmi les ouvriers.

— Regarde, c'est le général Kafka. Et le commandant Azurus.

— Ils sont sûrement là pour lui.

— Je savais que cet homme était bizarre.

— Si des soldats viennent pour lui, ça doit être un espion.

— C'est vrai qu'il n'a pas l'air d'être d'ici. Il vendait sûrement des informations à l'ennemi.

Ils s'arrêtèrent juste derrière lui.

L'homme, occupé à découper l'animal, s'immobilisa.

— Cela fait longtemps, Inda.

Inda reprit sa découpe, sans se retourner.

— Je t'avais pourtant dit que si je te revoyais, je te tuerais.

Les hommes qui accompagnaient Azurus voulurent réagir face à ces mots, mais Azurus leur fit signe de s'arrêter.

— Nous avons besoin de toi. Je suis venu te demander ton aide.

Inda s'arrêta net.

— Je te laisse dix secondes pour repartir. Toi et tes hommes.

— Je me permets d'intervenir, Azurus, dit Kafka.

Il s'adressa à Inda.

— Je suis le général Kafka. Et ton attitude laisse à désirer. Tu te trouves face à des nobles, et tu oses leur parler de dos.

Il dégaina son épée, aussitôt.

— Je vous en prie, rengainez votre épée ! dit Azurus.

— Je me fiche que cet homme soit celui qui vous a sauvé, ou non. Son attitude mérite d'être corrigée. Une oreille sera le minimum, pour cette punition.

Kafka pointa son épée vers Inda.

— J'espère que tu pesais tes mots, en parlant ainsi. Menacer un commandant aurait mérité qu'on te prenne la langue, et les deux jambes. Mais par respect pour Azurus, je ne te prendrai qu'une oreille.

Il leva son épée, et voulut frapper.

Mais soudain—

— Autorité du Souverain.

Kafka se figea, son épée déjà lancée dans son élan.

— Mais qu'est-ce que... Qu'est-ce qui m'arrive !?

Inda se retourna.

— Ça fait plus de dix secondes.

2. La Lame Brisée

— Attends ! Je t'en prie ! Nous ne voulons pas nous battre, dit Azurus.

— Je vous avais prévenus.

— Je sais que les choses ont mal tourné. Mais nous avons besoin de ton aide. Neferliy est en train de tomber. Et bientôt, ce sera notre tour.

— Qu-Qu'est-ce que vous faites, Azurus !? Ces informations sont confidentielles ! bafouilla Kafka, toujours figé.

— Si tu ne nous aides pas, nous tomberons tous, et plus rien ne pourra les arrêter.

— Je ne veux rien avoir à faire avec cette histoire, dit Inda. Cela ne me concerne pas.

— Où comptes-tu fuir ? Si nous tombons, plus rien ne pourra les arrêter. Ils continueront à travers tout le continent de Tare. Et au-delà des mers. Tu penses vraiment que si nous échouons maintenant, nous pourrons nous en sortir plus tard ? Si nous unissons nos forces — toi, Luminara, et moi — je sais que nous pouvons y arriver. Et je sais que tu le sais aussi, Inda. Alors, je t'en prie. Réponds à mon appel.

Inda se retourna, et reprit sa découpe.

Au même instant, Kafka retrouva le contrôle de son corps.

— Partez, dit Inda. Cette guerre ne me concerne plus depuis longtemps. Je me fiche de ce qui peut m'arriver. Ou de ce qui peut vous arriver. Nous sommes tous destinés à mourir, de toute façon.

Un instant passa, sans réponse.

— Vous êtes encore là ?

— Je ne partirai pas d'ici sans toi, dit Azurus. Peu importe ce qu'il adviendra.

— Oh... Je vois.

Soudain, Azurus hurla :

— BAISSEZ-VOUS, TOUS !

Tout le monde réagit, aussitôt.

Inda se retourna d'un coup, sa lame de boucher en main, et fendit l'air.

Le tranchant emporta tout ce qui se trouvait alentour — piliers, arbres, tout.

Tous restèrent figés, sous le choc.

Azurus ramassa l'épée de Kafka, tombée au sol, et se releva.

— Calme-toi, Inda ! Si tu continues comme ça, il y aura des victimes.

Inda regarda autour de lui. Les ouvriers, terrifiés, s'enfuyaient déjà.

— Reculez, tous ! cria Azurus. Ceci est entre lui et moi. Si vous intervenez, vous mourrez.

— Tu crois vraiment que je vais t'épargner ? demanda Inda.

— Si tu avais voulu me tuer, tu l'aurais fait dès l'instant où nous sommes arrivés au marché. Tu nous avais déjà repérés. Je me trompe ?

— ...

— Tu ne me feras rien. Et moi, je repartirai avec toi.

— Autorité du Souverain.

Azurus se figea, incapable du moindre geste.

— On va bien voir.

Mais, soudain, l'emprise se brisa, et Azurus reprit le contrôle de son corps.

Inda s'irrita.

— Encore ça.

— Tu ne me contrôleras pas, dit Azurus.

D'un seul geste, Inda trancha l'épée d'Azurus avec sa lame de boucher.

Les hommes d'Azurus assistaient à la scène, impuissants. Kafka observait, sans pouvoir intervenir. Ni même parler.

— Comment comptes-tu te défendre, maintenant ? demanda Inda.

Azurus ne lâcha pas le tronçon de lame qui lui restait.

— Même avec un morceau, je continuerai à me battre.

3. L'Entité Violette

— Autorité du Souverain.

Soudain, sa lame de boucher se mit à changer de forme, et prit celle d'un katana.

Inda se mit en garde.

— Œil du Souverain.

Il perçut la trajectoire exacte que suivrait sa lame — droit vers le cou d'Azurus.

À une vitesse fulgurante, avant même qu'Azurus n'ait eu le temps de réagir, la lame fila vers sa gorge.

Mais elle s'arrêta net.

Personne n'en crut ses yeux.

Inda regarda, et se figea.

Une entité, à la forme humaine — mais entièrement violette —, se tenait là. Elle avait arrêté la lame d'Inda avec la sienne.

Inda recula, lentement, encore sous le choc.

Puis la colère le saisit.

Il eut un rire bref, amer.

— Tu te fiches de moi, c'est ça ? TU TE FICHES DE MOI, C'EST ÇA !?

Azurus ne comprenait rien à ce qui se passait.

Inda se rua alors sur Azurus — mais l'entité continuait de le protéger. Alors Inda se tourna vers elle, et l'assaillit à son tour.

Il eut beau multiplier les coups, l'entité parait chacun d'eux.

Comme si elle anticipait chaque mouvement, avant même qu'il ne le fasse.

Jusqu'à faire lâcher à Inda sa lame — projetée dans les airs, avant de se planter dans le sol.

Inda regarda sa lame.

Puis l'entité.

Il serra les poings.

Puis les relâcha.

Il partit, sans un mot, passant devant l'entité et Azurus.

Personne ne parvenait à comprendre ce qui venait de se produire.

— Je ne comprends plus rien, murmura Kafka.

— Je vous expliquerai tout, dit Azurus.

Il se lança à la poursuite d'Inda.

— Inda ! Attends !

— Laisse-moi.

— Écoute, Inda—

— Je t'ai dit de me laisser tranquille !

Azurus s'arrêta.

Inda semblait, à la fois, en colère.

Et triste.

Mais Azurus reprit sa marche, et continua de le suivre.